Indian Trip : Lucknow l’ignorée

Lucknow Chota Imambara 5

Au « Chhota Immabara » ou Petit Imambara.

Lucknow, c’est la capitale de l’Etat le plus peuplé d’Inde. C’est surtout le creuset représentatif de toutes les tensions du pays, de toutes ses problématiques. C’est aussi l’ancienne capitale florissante, cultivée et raffinée (d’aucuns diront décadente, mais souvent l’un va avec l’autre) des nababs d’Oudh (ou Awadh).

Personne ne la visite. Peu de gens prennent le temps d’y aller et de la découvrir. Comme si personne ne connaissait ou ne voulait connaître.

Lucknow Residency

Parmi les mausolées, les mosquées et les « imambara », la Residency, lieu d’une lutte

sanglante entre des troupes indiennes insurgées et les Britanniques (1857).

Pour moi, Lucknow était pourtant un mythe avant même d’habiter en Inde, découverte au fil des pages de Retour sur image, un roman de Mukul Kesavan, léger dans son intrigue et profond dans sa réflexion, qui retrace les déchirements au moment de la Partition dans cette ville dotée d’une élite traditionnelle mais brillant, au milieu de ruines monumentales. Une gastronomie très spécifique aussi, incontournable pour qui s’intéresse de près à la cuisine indienne, d’une richesse sans pareille (à tous points de vue…).

Lucknow Rumi Darwaza

La « Rumi Darwaza » : la Porte des Rumi, des Romains donc… des Turcs !

Qu’en est-il en réalité ? Et bien Lucknow est la capitale indienne que l’on suppose, bruyante fourmilière, plus aérée toutefois que d’autres car un véritable plan urbain a régi sa construction. Des monuments anciens et récents se côtoient, des quartiers pauvres et des shopping centres où une bourgeoisie encore incertaine s’ennuie.

Lucknow Bara Imambara 3

Lucknow Bara Imambara 5 Lucknow Bara Imambara mosquée

Lucknow Bara Imambara 34Lucknow Bara Imambara

Lucknow Bara Imambara 2

Le « Bara Imambara » ou Grand Imambara : de la majesté au psychédélisme ?

Et des vestiges sublimes, autant d’étape d’une histoire marquée à la fois par les souverains chiites et le Raj britannique. Quelques familles indiennes visitent, mais aucun touriste occidental. Jardins manucurés, calme, murs crénelés et ouvragés d’un blanc éclatant sous le soleil. Les deux poissons symboles des nababs de Lucknow s’invitent parfois au détour d’une porte monumentale, et l’atmosphère surannée d’une autre époque imprègne la pénombre feutrée d’un hammam ou la tranquillité d’un imambara (lieu de conservation des répliques du tombeau de Hussain, portées lors de la fête chiite de moharram).

Lucknow Chota Imambara 3

Lucknow Chota Imambara 8Lucknow Chota Imambara 7

Lucknow Chota Imambara 6Lucknow Chota Imambara

Le Chhota Imambara ou Hussainabad Imambara.

Oui, on aime les lustres ici…

(La suite : Lucknow encore)

(Etapes précédentes : Murshidabad, intemporel ; Gaur, deux kilomètres ; Pandua, recyclage ; Shantiniketan, barbelés ; Bénarès, frustration ; Bénarès, l’idée de Bénarès.)

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10 commentaires

  1. C'est so kitsch ! : )
    "la majesté au psychédélisme" c'est tout à fait ça ! la prière ça doit être de la bonne : )

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    • @ Pivoine : j'avoue que moi-même je ne m'attendais pas à voir d'aussi belles choses, et nous avons compté les touristes pendant les deux jours que nous y avons passés. Il n'y en avait aucun !

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  2. Juste un petit mot rapide, je suis tombé par hasard sur votre site en faisant des recherches sur Lucknow….

    Vos photos sont belles et j’ai aussi apprécié la visite du Grand Imambara et du petit Imbara, ce sont des monuments fabuleux et j'ai aussi apprécié la tranquillité du Résidency mais Lucknow m'est apparue comme une ville polluée (peut-être le dites vous ailleurs, mais je n’ai pas lu votre blog entièrement), avec des endroits d'une saleté repoussante, sans parler de cette misère insupportable dans certain quartier près de la gare (j’y logeais) bref un condensé d'une ville indienne. On pourrait parler des embouteillages infernaux, des rickshaws wallahs qui gagnent 10/20 rps pour des courses impossible, dans une circulation épouvantable.
    Lucknow fut une étape peu reposante et je n’y retournerai pas à la différence de mes autres étapes : Haridwar, Rishikesh, Mathura, Vrindavan, Bodhgaya, Rajgir, que j’ai parcouru en train et avec d’autres moyens de locomotion collectif ou privé en individuel .Certes ce fut un voyage fabuleux , parfois éprouvant mais je deviens plus critique sur l’état indien. La misère, la pollution, la violence avec son corollaire l indifférence sont assez déroutantes. Je suis "passé" dans les villes importantes du Jharkhand et le Chhattisgarh , l'accueil a toujours été convivial mais les conditions de vie des tribus datent d un autre siècle. La vie dans ces trois états (le Bihâr aussi plus touristique) est complément inégalitaire mais en même temps ce pays me fascine et je vais y retourner pendant 8 semaines…cette année.

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    • @ Nelum Bo : bonjour et merci pour votre témoignage sur Lucknow ! En fait, bien sûr que Lucknow est une ville insupportable, polluée, bruyante, fatigante, où toute la misère, la pauvreté et la maladie sont à même le trottoir. Mais comme absolument toutes les villes indiennes ! Voyageant beaucoup dans ce pays et y vivant, j'imagine toujours que les personnes me lisant connaissent ces incontournables de la vie indienne... mais il est vrai qu'il faut le rappeler. De plus, tout dépend effectivement de où vous logez et dans quelles conditions : quelqu'un qui trouvera un guesthouse mignonne et un peu retirée à Udaipur sera enchanté par la ville, tandis que quelqu'un logeant à côté du temple hindou qui sert des portions de dhal aux intouchables de la ville le soir sera effaré et gardera un souvenir très négatif de la ville. C'est exactement la même chose dans toutes les villes indiennes, qui sont construites sur un modèle, le tout-voiture sans aucune infrastructure rénovée. Tout dépend également d'où vous arrivez : en arrivant de Chennai, Bangalore est un paradis, alors que c'est un enfer en arrivant de Mysore ou de Cochin.
      Quant aux tribus, leurs conditions de vie sont effectivement d'un autre siècle mais elles se sont surtout dégradées à partir du moment où l'Etat indien a décidé de mettre la main sur les terres tribales ; je n'entre pas dans le "mythe du bon sauvage", mais qu'il s'agisse de propreté, de cohésion sociale et d'alphabétisation, les conditions de vie des tribus étaient meilleures auparavant, d'après ce que j'ai lu.
      Vous êtes passés en fait par les trois Etats les plus représentatifs de la misère indienne : les plus pauvres, les plus peuplés et les plus soumis aux tensions et aux inégalités ; cela n'a pas du être facile parfois, j'imagine. Enfin, vous parlez d'indifférence : c'est effectivement une chose assez surprenante, inquiétante aussi, que l'attitude des plus aisés, touristes étrangers, indiens et personnes vivant sur place, à l'égard de miséreux écroulés sur un trottoir, voire de cadavres. Il n'y a qu'en Inde où j'ai vu cela poussé à un tel extrême, par le nombre et par la violence des rapports humains. Plusieurs explications sans doute, une misère innombrable qui donne envie de baisser les bras, mais aussi le castéisme qui perdure, le fait que la société indienne ne tienne que parce que les plus aisés ont besoin d'écraser les plus faibles pour conserver leur statut et leur prééminence...
      Bon voyage à nouveau en Inde alors ! Si vous avez l'occasion, allez dans le Sud cette fois-ci et sur les côte Est et Ouest : vous aurez l'impression de découvrir encore un pays totalement différent de l'Inde du Nord !

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      • Merci pour cette longue réponse et je dois dire que je partage votre point de vue d'ailleurs j'ai aussi "vadrouillé" dans le Kerala (j'y retourne) et ailleurs aussi (14 voyages), je dois dire que c'est différent mais aussi parfois similaire (pas aussi extrême évidemment) . Je suis assez réticent face aux clichés de toutes sortes véhiculés sur l’Inde, certains vont de paire avec une admiration sans borne, presque la dévotion ou l’inverse d'autres suscitent un rejet total . Mais on ne peut pas nier la difficulté à comprendre la culture indienne, liée sûrement au fait que des clichés peuvent être aussi la réalité, difficile de ne pas les reproduire. Pour ma part j'essaye de comprendre en apprenant, sans aucun jugement définitif (pas toujours facile) et j’ai l’impression que vous avez ce "regard objectif" .

        Je viens de lire une interview de Roy Arundhati sur les naxalites bien que je ne partage pas les points de vue des maoïstes (long débat je me méfie des luttes armées messianiques) , elle explique bien les contrastes sociaux de ce pays.Parfois les regroupements populaires sont nécessaires pour faire entendre sa voie et le peuple indien sait le faire , le combat de Gandhi est souvent oublié....

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        • @ Nelum Bo : merci beaucoup, je ne suis pas certaine d'être si objective que cela mais c'est un pays que j'aime, et surtout une ville que j'aime (Bombay), et je suis émoustillée par ce regard ambivalent que les gens portent sur l'Inde et que vous décrivez très bien. C'est un peu tout ou rien, même dans les médias (les bidonvilles/le miracle économique) et je me demande parfois si ces gens qui en parlent ont déjà mis le pied en Inde... Cela m'intéresse énormément de voir comment ce regard sur l'Inde se construit en Occident, comment l'image de l'Inde est construite aussi par l'Inde chaque jour, pour dire des réalités que l'on y voit tous les jours mais aussi pour les masquer.
          Arundhati Roy a cet avantage, en plus d'être une grande écrivain, d'être à contre-courant des personnes médiatiques et du star-system qui entoure quelques auteurs : son côté activiste déplaît ou peut gêner, tant on sent parfois que ses propos sont outrés, mais elle croit en une cause et se bat pour (et pour une fois, parmi les "stars" indiennes, ce n'est pas pour sauver des bébés phoques, mais pour sauver des gens...). Son reportage sur les naxalites a enfin fait bouger les consciences, rappelant des choses que les médias aux ordres tâchaient de faire oublier : si les naxalites (dont je me méfie tout autant que vous tant le maoïsme a prouvé bien souvent qu'il affamait et abattait les gens plus qu'il ne les aidait...) sont dans cette situation aujourd'hui (violence, guérillas, raids meurtriers), c'est du aussi à la politique de l'Etat indien quant aux terres auparavant tribales, à la volonté de quadriller le territoire et de provoquer l'exode rural et la disparitions de tribus et de leur culture par une acculturation forcée et univoque, pour les intérêts résolument matériels de promoteurs et d'industriels proches des gouvernements (entre autres, pour les mines). Mais ce combat-là (à savoir, au final, faut-il vendre l'Inde à l'encan ?) à part quelques journalistes et des activistes comme elle, personne n'en parle...
          Bon voyage à vous !

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  3. Nous partageons des valeurs et des regards communs sur ce pays et je crois sur la perception du "monde" et de ses inégalités. A bientôt, je garde votre blog dans mes "Favoris".

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