شکريہ मेड़ Bombay… Shukriya mera Bombay

Depuis quelques semaines mon appartement résonne.

Il est vide. De mes livres, de mes vêtements, des cadres, objets, tissus, meubles ramenés d’un peu partout. Mais il est plein de l’histoire avec cette ville que j’ai intensément aimée, de ses ruelles à ses bars branchés, en Crocs et talons hauts. J’ai donné, pris, tout ce que je pouvais et voulais, de la première seconde moite dans ce taxi brinquebalant la nuit du 13 juillet 2008 à cette voiture climatisée qui monte à l’assaut du Sea Link le 25 mars 2012.

Les derniers souvenirs sont achetés, empaquetés, les portes et les placards refermés.

J’ai salué ceux qui m’ont accueillie et accompagnée, les artisans que j’ai surchargés de travail, les lieux que j’ai découverts, ceux où je me suis réfugiée. Tous étonnés que celle qui faisait partie du paysage, dodelinait et arrondissait les voyelles comme eux, puisse elle aussi un jour s’en aller. Comme les autres. L’expatriation est l’apprentissage du départ, l’apprivoisement de la séparation, l’éducation au déchirement. Et déjà trop sont partis, trop m’ont manqué, eux me manqueront. Et c’est moi qui pars cette fois.

Les cartons sont depuis longtemps sur les flots, les dernières valises chargées dans la voiture. Je prends le dernier sac.

Il n’y a pas de fin mot de l’Inde. Pays exubérant, exténuant, exigeant en tous points. J’écrirai encore des milliers de lignes sur elle car on n’en sort pas indemne. Moi je ne l’ai pas voulu en tout cas, refusant jusqu’au dernier jour l’aide domestique ou le condo-super-luxe, sans club soexpat pendant longtemps. Avec les difficultés réelles inhérentes à l’Inde, je l’ai payé au prix fort. Mais j’aurais vécu l’Inde comme je le souhaitais. Ma Route des Indes, ma découverte de l’intime et de soi, du rejet et de la solitude, de ceux qui aident et de ceux qui profitent. De ceux qui écrasent, de ceux qui tournent le dos et de ceux qui essaient malgré tout. Un ricanement pour les Indo-illuminés, une admiration réelle pour ceux qui l’endurent chaque jour, Indiens comme expatriés.

Un dernier coup d’oeil, les plantes qui fanent déjà dans la chaleur estivale, le calme tout relatif de la nuit moite. Je tourne la clef dans la serrure.

Bombay, j’y ai vécu et j’y suis morte. Je la quitte sans remords et sans adieux. J’ai aimé Bombay plus que je n’ai détesté l’Inde, j’ai adoré l’Inde plus que je n’ai haïe Bombay. Et j’y suis née à nouveau car, me souvenant de Musset, « vous aurez vécu si vous avez aimé ». Beaucoup croient que viendra le temps du blues, de la nostalgie. Quoi ? L’étonnement culturel et la vadrouille oui, mais je les porte en moi, partout. La chaleur, le soleil, le « confort » ? La belle vie n’existe pas en Inde, pas dans celle où j’ai vécu. La claustration de fait, l’état désastreux et sans espoir d’un pays que ses élites jouissent de laisser gangréner, l’isolement de l’expatriée qui n’a ni travail ni enfant. Certains sont venus briser cette solitude, et je ne les en ai aimés que plus pour ça. Ceux qui m’ont dit ne pas vouloir ou pouvoir venir je les comprends. Celui qui avait promis mais n’a rien osé, je ne lui pardonnerai jamais.

La grille se referme en grinçant dans la nuit, toujours pas huilée depuis le temps. La voiture zigzague entre les taxis de cette Ville-Lumière monstrueuse. C’est à Haji Ali, ma bienaimée mosquée des flots, que les larmes ont commencé de couler.

La Bombaywalli s’en va. Elle regarde les visages émaciés le long des routes qui conduisent à l’aéroport, frémit d’une dernière colère aux voix glapissant dans les Blackberry. Je regretterai bien plus les hommes doux des ruelles puantes de Bombay que son élite puante aux ongles manucurés.

J’ai aimé Bombay jusqu’à sa crasse et sa puanteur, j’ai haï son mépris et son indifférence. Parce que comme elle je suis faite de chair et de sang, d’adrénaline et de sentiments. L’indifférence m’est impossible. Quant à Chouyo, elle n’a jamais été consubstantielle de Bombay. Elle est née ailleurs, a vécu ailleurs, se nourrit de là où elle passe et vit, porte déjà de nombreuses villes en son coeur, sous sa peau, dans ses yeux. Sur ses lèvres.

Alors une nouvelle aventure commence…

Chalo.

شکريہ मेड़ Bombay.

Shukrya mera Bombay, shukrya Bombay meri jaan…

Bombay T-shirt

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27 commentaires

  1. très beau billet, mais tu ne peux écrire que tu y es morte, à Bombay, ... sauf à renaître ailleurs, plus belle, plus grande, plus forte

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  2. Explications SVP : J'ai aimé plus que j'ai détesté.... et j'ai adoré plus que haÎe....
    aille aille..aille... ouille !
    J'ai moins détesté que j'ai aimé
    J'ai moins haïe que j'ai adoré....
    Oh la la ! oh la la ! quel malheur.....
    Grosse bise

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  3. Pinne kanna ! (à bientôt en malayalam, parce que l'hindi je maitrise pô encore).

    ***
    J'ai un petit serrement au coeur, la Bombaywalli va un peu me manquer quand même. Je me rends compte que lire tes écrits sur l'Inde fait partie de ce qui me fait aimer (à ma façon) ce pays. Même si j'avais compris que tu partais... Même d'ici, ça fait un peu un vide dans mon Inde à moi.

    Bonne suite, quoiqu'elle soit, où qu'elle soit.

    ***
    J'aime beaucoup ton T-shirt !

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  4. En te lisant j'ai des petites larmes de crocodile qui embuent mes yeux.Comme si c'était moi qui quittais cette ville qui pourtant je ne connais pas .Mais cette espèce de pincement au coeur,mélangé à un sentiment de soulagement,ça je vois bien ce que c'est.
    Curieuse de lire la suite!!!

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  5. Chouyo, ceux qui sont passés par là te comprennent.

    Et te rassurent - on ne quitte jamais totalement l'Inde. Ou est-ce l'Inde qui ne te quitte jamais ?
    Ne me suis-je pas surpris, ce matin, a ré-écouté Kajra Re, suivi rapidement de l'intégrale de Om Shanti Om...

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  6. Tu y es morte et tu y es née. Prête à écrire une nouvelle page. (un nouveau roman devrais-je dire plutot)

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  7. "Vous aurez vécu si vous avez aimé", si vous êtes morte de cet amour-là, si vous savez que vous ne serez plus jamais tout à fait la même. Vous aurez vécu si vous renaissez différente. (Ne jamais pardonner, jamais...)

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  8. Je te souhaite un bon retour parmi nous, l'Inde rend plus riche et plus pauvre , tout à la fois
    Et le "malalinde" comme la saudade portugaise est nécessaire pour digérer le retour (deuil?)en plusieurs étapes
    . Chaque chose en son temps donc, reste ceux qui y sont encore (que tu laisses) , celles qui vont y aller (ma fille), qui vont en revenir (mon autre fille) avec d'autres sentiments peut être ? , merci en tout cas de nous avoir fait partager toute ton aventure avec autant de générosité et de sincérité ici ou sur Twitter , à bientôt, j'espère

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  9. d'accord avec Djoh, t’inquiète, L'inde est toujours là, près de toi, où que tu sois. t'es une NRI maintenant. Enjoy ! (les indiens sont un peu comme des zombies, une fois que t'es mordue, t'es cuite, tu fais partie de la bande, c'est comme ça).
    (et moi j'ai écouté la BO de Desi girl, et pourtant je suis tres tres tres loin de bombay)
    raconte nous vite tes nouvelles aventures.
    (et pourquoi j'ai pas ce t shirt moi ? )

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  10. Je ne sais pas où tu vas, mais je doute qu'un autre lieu t'inspire autant d'amour et de haine... A bientôt ailleurs, je l'espère de tout coeur.

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  11. Magnifique article ! tu pars donc alors que nous commençions à peine à nous connaître par blogs interposés ? quelle sera la suite ? on revient de toutes façons toujours en Inde, alors au plaisir de te croiser ici ou ailleurs !

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  12. Très bel article de départ, bon courage pour la suite et le retour, mais les portes de l'Inde ne sont jamais fermées...

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  13. Alors ça y est, tu as quitté Bombay... j'ai un petit pincement au coeur, car je m'imaginais te revoir un jour là bas, tant j'avais aimé notre rencontre. Mais je veux croire qu'on se reverra un jour, ailleurs! Où es-tu maintenant?
    Je te souhaite bon vent dans tes nouvelles aventures!
    Justine

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  14. Alors ça y'est ...
    C'est fini ?
    Enfin... pour un teps !
    Tu es où à présent ?
    j'ai adoré te lire en inde, même si je ne commentais pas toujours , voir rarement... je sais que j'adorerai te lire ailleurs !
    Tiens nous vite au courant ...
    15 jours sans réponse aux commentaires ... limite on s'inquieterai !
    ;o)

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