La rencontre

Je t’attends au bout du quai.

Je joue avec une boucle de cheveux. Je triture mes mains, les frotte, les enfonce dans mes poches et les ressors. Je vérifie au passage mon vernis à ongles (ni trop osé, ni trop sage, une couleur dont je veux être persuadée qu’elle représente bien l’intello coquine que je prétends être). Quelques pas, je me retourne, quelques pas à nouveau et je jette un coup d’oeil au panneau. Pour la quatrième fois. Oui, c’est le bon quai, je suis au bon endroit et j’ai 10 minutes d’avance.

Voici une scène que j’ai vécue plusieurs fois. Une attente étrange, faite d’excitation et de crainte, d’évidence et de surprise : je suis dans une gare, à attendre quelqu’un que je connais mais que je ne connais pas. Les minutes s’égrènent et je repasse le film : une relation avec les mots, par claviers interposés, avec des femmes et des hommes, les phrases se sont enchaînées puis les petites attentions et un jour, on saute le pas.

Les blogueurs se disent pourquoi pas.

On propose un café, et souvent on a un horaire de train en réponse. Alors j’attends ce train. Il arrive du Sud, de l’Est, de l’Ouest, du Nord. Je n’ai pas d’inquiétude sur l’échange qui suivra, parce que ceux qui aiment se lire aiment souvent encore plus se dire. Mais je me retrouve dans le rôle étrange de la guetteuse : parmi la dizaine de personnes venues attendre, face aux centaines de passagers qui sortent des trains.

Le coeur bondissant dans la poitrine, je cherche des yeux celui ou celle que j’attends. Je glane des regards, je lance de timides sourires, j’ai des mimiques pleines d’espoir. Les passagers doivent trouver étrange cette fille qui les interroge des yeux au bout du quai : Loulou ? Loulou ? Oui, c’est moi…

De là où je suis postée, je scrute la foule qui s’écoule vers le métro, les taxis, la sortie de la gare. Je me crispe, tente un sourire vers des gens qui détournent le regard et s’éloignent de moi. Je pourrais me renfrogner presque, d’y avoir cru, je pourrais jouer le détachement serein… mais ce n’est pas moi.

Elle m’a dit qu’elle était petite, alors… ce doit être elle ? Et les regards s’accrochent et ne se lâchent plus. Lui m’a dit « je suis grand et brun » et ce jour-là bien sûr il n’y a que de grands hommes bruns qui sortaient du train. Elle, elle a une grosse valise ? Alors je me retrouve à scruter les valises, et donc les jambes, de toutes les femmes déversées par ce train méridional. Et lui ? Sans doute l’attente la plus émoustillante et la pire de toutes : je devrais, je dois le reconnaître puisque j’ai vu sa photo… l’anxiété croît, je ne suis pas physionomiste… et si je ne le reconnaissais pas ?

Alors, je guette, toute tendue vers ce regard inconnu qui répondra à mon interrogation muette par un sourire emprunté, timide. Et soulagé. C’est toi ? Oui, c’est bien moi…

Chacun de ces visages inconnus a été un étonnement quand il est apparu pour la première fois.

Avant de devenir une évidence au premier mot échangé.


HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)

6 commentaires

  1. Arriver à Paris, chercher au bout du quai un palmier, savoir qu'au pied il y a une rousse qui va faire hiiiiiiiiiiiiiiiiiiii... un grand moment ! 😉

    HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)
    • @ Regarderleciel : mouahahah ! Je me place d'ailleurs toujours sous un palmier. Et s'il n'y en a pas, j'en amène un avec moi 😉

      HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)

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