En las calles de Camagüey – Envies

Camagüey

A Camagüey, j’aime cette pyramide de regards, de réactions, d’attention des un aux autres…

L’envie de voyage surgit par bouffées.

Ce n’est pas chez moi le trépignement ardent de partir à tout prix n’importe où, voyager pour voyager. Mais plutôt la pulsion d’un ailleurs bien précis. Comme celle qui donne envie d’un plat, d’un homme, avoir l’envie terrible de. Cela peut surgir au détour d’un mot entendu, d’un rythme gratouillé sur quelques cordes, d’une parfum de mangue mûre laissée en plein soleil, ou d’un geste… caresser du bout des doigts l’objectif d’un appareil photo, refermer sa main autour, le soupeser… attendre… Autant de madeleines qui vont m’assaillir d’un coup et faire exploser l’Envie.

D’un endroit bien précis.

Cuba Viñales

Viñales, où j’ai laissé errer mon regard sur une paysage comme sorti de la nuit des temps.

Ce matin, ce fut en ouvrant Coupable d’avoir dansé le cha-cha-cha, succinct recueil de nouvelles où Cuba prend vie à travers trois histoires d’amour. L’île polymorphe mais si cohérente, sensuelle et rude, qui éclot sous la plume sensualiste de Guillermo Cabrera Infante.

J’aimais ses bonnes manières à table – me souvenant de ses mauvais manières au lit. Elle mangeait la même chose que moi : haricots noirs, riz blanc, hachis à la créole et bananes vertes frites.*

Je tourne les pages, et… d’un doigt hésitant j’ouvre mes photos. Montée du désir. Soleil éclatant, végétation doucement luxuriante et villas hispano-tropicales, villages assoupis et socialisme pseudotriomphant, les souvenirs d’une vadrouille intense qui m’avait menée d’un bord à l’autre de cette île étonnante jaillissent. Submergée par les pixels peignant la nonchalance des démarches, la frénésie des soirées, le goût du rhum vieux qui s’éternise sur la langue. Envie de Cuba tout à coup, d’une Amérique latine si longtemps délaissée.

Cuba Trinidad

Encore endormie, Trinidad.

Les images appellent les images, et se succèdent dans ma mémoire des instantanés, des sensations… le fantasme fou de Brasilia et le triomphe décadent de Manaus, la jungle de Tikal et les ruelles fantômatiques de Belize City, une traversée rocambolesque du Chiapas ou les cimes des Andes péruviennes. Et renaît en moi l’idée de ces cultures qui, parce qu’on en maîtrise au moins les codes fondamentaux si proches des nôtres, n’en sont que plus attirantes. Comme si l’Asie avait un temps masqué tout cela.

Etrange que l’envie de voyage.

Cuba Cayo Santa Maria

Et une des plus somptueuses plages que j’aie jamais vues, sur le Cayo Santa Maria. Aucune retouche, évidemment.


* Guillermo Cabrera Infante, « Coupable d’avoir dansé le cha-cha-cha », dans le recueil du même nom, Paris, Gallimard, 1998, p. 57.

HIIIIIIIIIIIII !!!(1)Boah...(0)

4 commentaires

  1. Rien que lire le menu dans l'extrait de ton livre j'en ai l'eau àla bouche;les bananes vertes frites ont l'air tout bonnement monstrueusement délicieuses.

    HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *