Inde : Strictly non veg
Avant. Après. Miam…
J’ai rencontré des végétariens. Beaucoup (à l’échelle de l’Inde, il faut dire que ça chiffre vite). Haut placés ou au bas de l’échelle sociale, des hommes, des femmes, des Indiens pour la plupart mais aussi des Occidentaux. Et une chose m’est apparue certaine : le végétarisme fait, par période, des ravages. Intellectuels et moraux.
Que l’on me comprenne bien : des personnes qui choisissent une manière de s’alimenter X ou Y ne me pose aucun problème. Je le fais moi-même tous les jours, choisissant de manger ceci ou cela, d’exclure ceci ou cela (ah tiens, pas d’agneau depuis un mois, zut alors…). Mais j’ai rencontré des personnes qui, au bout d’une période plus ou moins longue de gentils sourires discrets se révèlent tout à coup prosélytes et conquérantes : et là, je grogne. Parce que je suis face à l’ultime avatar du gentil végétarien discret : le Végétémoin de Jéhovah.
En Inde puis en Occident, j’ai entendu souvent citer la première arme végétarienne adolescente : « les animaux sont gentils, ils ont de grands yeux, il ne faut pas les manger ». Elle était suivie parfois, quand j’étais chanceuse, de considérations éthico-environnementalistes sur les conditions d’abattage, l’économie nécessaire des ressources, la baisse de la pollution liée à l’élevage etc. mais qui étonnamment tombaient toujours quand on proposer d’élever des poules et de les tuer soi-même. Alors il faut que le Végétémoin sorte son arme favorite et sans doute celle qui tient le moins : l’argument santé.
Evidemment, c’est là où la peur est la plus grande et l’idée sous-jacente d’un lien absolu (quasi-exclusif de tout autre lien) entre alimentation et santé fonctionne toujours. La personne en face de toi devient alors médecin, nutritionniste, diététicien ET astrologue-marabout en quelques minutes : pas de diplôme mais beaucoup de lectures, « ça a été prouvé » et « il est évident que… la preuve Untel l’a dit dans son dernier ouvrage à succès ». Alors tu te retrouves sous les feux d’accusations péremptoires et prophétiques, « tu continues à manger de la viande et du poisson et tu as des douleurs articulaires ? Logique ! » ou encore « tu manges du bœuf ? Hmmm, tu risques le cancer… ».
Le cancer de quoi ? quand ? suis-je sûre de ne pas en avoir un si j’arrête de manger du bœuf ? Le Végétémoin ne sait plus trop. Mais il te rappelle que le risque est là… Ah ben oui, il est fort le Végétémoin. Il oublie juste qu’il court le même risque, statistiquement, malgré son végétarisme. Mais un tel discours, extrêmement culpabilisant pour les personnes effectivement malades, ne doit pas faire oublier que c’est l’humanisme qui guide le Végétémoin. Oui. Et moi, je montre les crocs…
Ce qui m’a dérangée lors de ces discussions (indiennes et françaises), c’était la prétention de faire la leçon au monde. Un argument d’autorité qui se développe à mesure que la personne qui ne trouve pas son compte dans son propre végétarisme cherche à convaincre son entourage : les considérations humanistes, environnementales et médicales sont très rapidement laissées de côté, et la discussion prend subrepticement une tournure religieuse qui se focalise sur la pureté/impureté. Et c’est là que je frappe avec le tranchant de la main sur la carotide : car on atteint l’infâme. Une dissociation du monde s’opère entre les élus et les autres selon leur mode d’alimentation, avec des idées qui s’imposent : les aliments carnés sont contaminés, ils salissent les aliments végétariens, le corps des végétariens est plus pur que celui des autres. On est entré subrepticement dans le religieux (ce qui est explicable éventuellement en Inde du fait de la civilisation brahmanique et hindoue qui imprègne toute la pensée) : mais quand elle est recréée ex-nihilo ailleurs, avec naïveté et sans une once d’esprit critique, cela me met en colère. Car reproduire cette violence symbolique des plus incroyables, pureté/impureté, est pitoyable. Et donc je déchiquète à pleine dents.
Quant à ceux qui deviennent végétariens par intérêt soudain pour le bouddhisme, une petite précision : les bouddhistes des pays bouddhistes ont deux mots en bouche, porc et porc. Et sinon, ils n’ont qu’une seule idée : quelle viande accompagnera le riz. Et quand ils n’ont pas de viande, ils font un bouillon avec les os. Et y ajoutent œufs. Les moines ? Oui, ils sont végétariens. Mais ils sont rarement moines à vie, et ont également abandonné toutes leurs possessions, fait vœu de chasteté et parfois de silence. Tu vas faire pareil ? Non ? Ah bon ??? Rien n’a prouvé qu’abandonner toutes ses possessions était meilleur pour la santé ??? Ah, c’est marrant.
Le pire est sans doute quand les végétariens que j’ai pu rencontrer sont passés au mode de la complainte : « Je suis végétarien et ce n’est pas facile, je n’ai pas vraiment le choix au fond puisque c’est pour ma santé, alors si tu pouvais faire en sorte qu’on mange dans un resto végétarien… » ou pire « que tu cuisines végétarien », je dis non. Tu t’imposes des contraintes, tu assumes. Car dans ce cas très précis, m’adapter à tes contraintes sans tenir compte des miennes et de mes goûts, c’est supposer que mon régime alimentaire est moins important que le tien. Moins important parce que fautif, sale, impur.
De ce fait, depuis mon expatriation en Inde, je suis strictly non veg. Car rien ne suppose que ce soit à moi de faire des efforts, de contrevenir à mes valeurs, mes convictions et ma santé.
Je suis devenue grâce à l’Inde une jaïne du non-végétarisme.







//un(e) jaïn(e) du non-végétarisme// Bien trouvé ! je la sortirai dans une conversation savante sans te citer bien sûr!
Chouyo, a.k.a. « la Savonarole du steak tartare »
en tant que végétarienne casse-couille et nombriliste, qui se fout de ce que bouffent les autres tant que son assiette est végé mais qui rechigne à rouler des pelles à qq qui vient de manger un truc mort, ce qui me hérisse le poil, ce sont les gens qui imposent leur végétalisme à leurs animaux… (j’espère que leurs chats les boufferont!
) (déjà, je l’impose pas à mes gosses… alors, pour les bestioles, j’ai carrément du mal… mais j’ai aussi du mal à piger qu’on fasse bouffer de la bidoche à des herbivores…)
C’est vrai t’es pas chiante toi. Je peux meme fumer â côté de toi, pourtant t’aimes pas
Moi aussi je suis jain du non-végétarisme et je le proclame à pleines dents en machonnant mon jambon basque entier! Non mais!(t’en veux un bout?)
Tout pareil que toi pour les fanatiques du végétarianisme, ils m’horripilent au point que j’ai envie de les rotir en kebab. Cependant, il m’est aussi arrivé de tomber sur des végétariens qui l’étaient parce qu’ils n’aimaient pas la viande et ne faisaient pas un foin pour que je n’en mange pas.
Et puis de toute façon, vache folle, mouton tremblottant ou quoi, on va tous finir par mourir un jour, alors autant en profiter et se faire plaisir avant! Bon appétit!
Tu me plais de plus en plus toi !
Bon, on a beau savoir que le croquage de viande a longtemps été un signe extérieur de richesse et de confort et qu’on a peut être abusé… et alors ? En Allemagne, il existe des végétariens écolos depuis des siècles et ça ne les empêche pas de servir au restaurant des portions de viande bien plus grosses que celles qu’on nous sert en France, hein.
Et puis ces hypocrites qui arrêtent la viande parce qu’ils ne savent pas la préparer, et ceux qui se déclarent végétariens parce que le steak est la part de budget qu’ils sont prêts à rogner… oué oué oué, valeurs morales mes fesses, des fois la « croyance » est un refuge pratique à qui manque d’arguments. Je retourne dévorer un cochon de lait.
Bien dit !
Je suis une adepte de: « il faut manger de tout ». Cela permet d’avoir une palette de saveurs différentes et de textures variées. Et j’aime trop manger pour me priver de viande, même si je n’en mange pas en grande quantité ni tous les jours. C’est juste selon les envies.
J’ai apprécié ce billet, j’en partage a plupart des idées, merci