Chandernagor – La Liberté en sari (guidant le peuple) #Inde

Chandannagar Musée

On dit souvent que l’on n’est jamais plus patriote que loin de sa patrie.

Déliés peut-être du sentiment de respect obligatoire, par devoir ou par habitude de symboles nationaux que l’on ne voit ni ne comprend plus, l’attachement et la revendication croissent à mesure que l’on s’éloigne du pays… Et c’est sans doute encore plus flagrant quand, entouré des symboles d’un autre pays, des valeurs d’une autre nation, répétés, arborés, lourdement matraqués et encensés avec force effets de manche, on se souvient à quel point une nation sereine n’a pas besoin de bombarder ses propres citoyens pour se rassurer. Mais pas les nations jeunes.

L’Inde est un pays où le patriotisme est très clairement inexistant. Car submergé par un des nationalismes les plus virulents qu’il m’ait été donnés de voir. Drapeau tricolores et lions d’Ashoka, slogans et mises en scènes nationalistes sont omniprésents, chaque occasion est une fête propagandiste au point que le dégoût de ces symboles saisit rapidement. L’effet malheureux d’une propagande à pas d’éléphant qui, comme toute virulence nationaliste, n’est que la preuve de la fragilité du sentiment national…

On tâche alors d’oublier où l’on est, comme on s’est éloigné d’où l’on vient.

Les symboles et les emblèmes disparaissent dans la frénésie de la Grand Trunk Road qui traverse le pays de part en part, d’une frontière maudite à une autre. Les camions bariolés passent en trombe, arborant drapeaux peints et réclames pour la Grande Inde. Fierté et arrogance, mon Inde est grande. Après des tours et des détours on arrive dans la petite ville étrange baignée du fleuve… endormie, des villas aux murs rongés de l’humide lèpre indienne, des maisons assoupies.

Chandannagar Entrée

Un sursaut. Car on passe la porte aux armes d’un pays. Je n’ai rien vu, j’ai seulement deviné du coin de l’oeil et immédiatement compris, reconnu, senti ce symbole entremêlé de lettres. Mémoire titillée, coeur embrasé. Si longtemps.

Un palais se dessine devant moi, la voiture s’arrête. La digne colonnade jaune et le jardin chiche, des auvents contre le soleil, je n’en vois pas le nom pour l’instant mais je sais qu’il aurait fait résonner en moi une rue, une station de métro et la Compagnie française des Indes orientales tout à la fois. Je ne m’y intéresse pas, à Dupleix, car au milieu des roses se dresse inattendue…

Elle.

Chandannagar Musée 3

Chandannagar Marianne 2

Même sous le soleil de plomb, dans l’odeur sure et épicée, son lyrisme m’enveloppe. La Liberté, ma République, Marianne, la France, est devant moi. Alors que je suis au fin fond du bout de l’Inde, nimbée de safran, de vert et de lions tout à la fois.

Etonnant comme les symboles fonctionnent quand on les a intégrés. Car il n’y a pas eu besoin de me les rappeler chaque jour avec force culpabilité, il n’y a pas eu besoin de me forcer à clamer ou assister chaque matin au lever de drapeau. Pas besoin de me seriner l’hymne avant mon film au cinéma. Mais de m’expliquer… l’histoire, les mots, les idées, l’émotion… et je sais à ses pieds sans le voir le peuple de Paris et le peuple de France, je sais l’unité de la nation et le Bengale occidental se teinte des couleurs de Delacroix.

Je m’approche, la contourne, la regarde et la vois. Autrement cette fois.

Cette femme est menue, rien de la solide Française qui guide le peuple. Et plutôt qu’une toge toute antique qui la vêt, c’est le pallu qu’elle a ramené sur son épaule gauche et qu’elle a noué à la manière des femmes du peuple sur la hanche.

Une Marianne en sari.

Aux pieds nus évidemment, aux seins nus aussi comme les femmes des campagnes l’ont longtemps été. Ses yeux bridés de Bengali et son fin visage de femme de l’Inde sont tournés vers le lointain, vers l’après, vers l’espoir.

Comme le Christ noir et la Vierge africaine, ma République s’est adaptée aux coutumes locales pour créer le sentiment, l’émotion, par l’identification. Pour convaincre, pour convertir, les rodomontades et klaxons et figures imposées ne servent à rien. La propagande subtile qui s’immisce dans le coeur et joue du quotidien beaucoup plus.

Chandannagar Marianne

Alors je suis là, sous le soleil, pensive, à regarder mon idéal de liberté doucement s’indianiser…

Chandannagar Musée 4

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3 commentaires

  1. Tu n'as pas eu droit à la Marseillaise jouée à l'indienne?avec les dholak, les clarinettes qui couinent et les cuivres qui crachent?

    HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)

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