Rencontres (Part Two : en vadrouille)

La vadrouille te permet de faire des rencontres étonnantes, voire hors du commun. Quelques morceaux choisis de ce voyage le long du Gange…

Rencontre du premier type

Un train Bholpur-Malda, au fin fond du Bengale occidental, qui nous mène à quelques kilomètres de la frontière du Bangladesh.

Un groupe de six hommes partagent notre compartiment, nous sommes deux filles. Au début, ils parlent fort, la musique de leur portable nous dérange, nous nous regardons en soupirant (voyager en Inde a des effets réels sur le coléromètre et l’agacement) . Nous pensons qu’il s’agit d’une famille, et je sais qu’ils sont du Kérala : j’ai reconnu la musique traditionnelle sur le portable…

A la nuit tombée, tous se mettent à sortir paquets, plastiques et boîtes pour dîner. Odeurs de poisson, de riz cuit froid, d’épices. Ils se passent les pots de chutney, la boîte contenant le pain, et je jette un coup d’oeil en passant.

Mon intérêt est remarqué, et immédiatement, ils nous proposent de partager leur repas, de goûter ces  rations préparées par leurs femmes pour le voyage. Et malgré nos dénégations de politesse, ils prennent un couvercle, le nettoient et me servent du mouton séché, émincé et épicé (absolument délicieux, on dirait le boeuf séché chinois aux cinq épices), avec du chutney de mangue verte et des citrons confits. Ils n’en reviennent pas que je mange aussi épicé, veulent m’en resservir et nous donne des chapati.

En réalité, ils ne sont pas de la même famille : ils ne sont même pas amis, ils se sont rencontrés à l’occasion de ces trois jours de train qui les mènent du Kérala à New Jalpaiguri, où ils rejoignent leur unité de la Défense civile.

De la même manière qu’ils ont créé des liens entre eux, ils en créent avec nous, pendant quelques heures, autour d’un repas.

Rencontre du second type

Autre train, de nuit cette fois, entre Lucknow et Sirhind.

Nous sommes quatre dans un compartiment pour huit, il reste donc quatre couchettes. Lors d’un arrêt tardif, une famille monte dans le train : ils sont bruyants, bavards, ils gesticulent dans tous les sens. Et surtout, ils sont neuf pour ces quatre même couchettes.

Cela ne poserait aucun problème s’ils avaient le gabarit des Indiens de presque toute l’Inde sauf qu’ils sont… sikhs. Et là, et là tu as peur. Gigantesques. Même moi qui ne suis pas menue, je me suis sentie minuscule. Surtout quand la grand-mère s’est avancée d’un pas conquérant, dans les 65 ans et 120kg minimum.

Elle pose un sac de riz de 20 kg comme si c’était un sac à main, envoie ses sandales sous la banquette et, d’un geste décidé, rejetant dans le dos son poignard qu’elle porte en bandoulière, elle grimpe sur la couchette du bas, agrippe à pleine mains la couchette supérieure, et s’y hisse. Comme ça : sans l’aide de la couchette du milieu qui n’est pas ouverte. Je reste bouche bée. Presque craintive…

Une force de la nature, comme chaque membre de sa (bruyante) petite famille.

Elle est devenue un mythe.

Rencontres du troisième type

Alors là, il y en a…

C’est par exemple ce moment où je bavarde au téléphone avec Tac, accoudée à un balcon face au Gange la nuit.

Au moment de raccrocher, je décide d’aller au bout du balcon pour la vue : arrivée au bout, je décèle du coin de l’oeil une masse sur le bloc d’air conditionné situé à l’extérieur des chambres. Je me retrouve alors nez à nez avec un singe, que j’ai réveillé et qui me regarde… comme un singe qu’il ne faut pas embêter.

Je n’ai pas demandé mon reste, j’ai filé. Ce n’est que la moustiquaire et la portée refermées que j’ai éclaté de rire.

Le lendemain matin, à 5h, il faisait l’idiot juste devant notre fenêtre, s’amusant à se rouler sur la rambarde…

Bénarès singe

Quand il s’est rendormi, je suis sortie en tapinois le prendre en photo…

Il y a aussi ce moment, toujours à Bénarès, où nous regardions les crémations.

Un moment tellement typique de l’Inde : à l’arrière-plan, deux défunts en train de se consumer, et au premier plan un jeune taureau extrêmement désireux de l’arrière-train d’une vache.

Et sur la marche juste derrière nous ? Un couinement inattendu, une course effrénée, un chien poursuivant un rat.

L’Inde dans toute sa splendeur !


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26 commentaires

    • @ Angélita : en Inde, les gens adorent vraiment parler (d'eux, ça c'est sûr, l'écoute est parfois un peu plus difficile...) donc les contacts se font à très grande vitesse dès que tu voyages. Ce qui n'est pas facile, c'est de montrer que tu veux être un peu tranquille, lire dans ton coin seul ou écouter de la musique sans être sollicité : là, les gens ont vraiment du mal à comprendre (le concept d'être seul et de silence, essentiellement).

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  1. les singes,ma terreur en inde!Ils montent des guet -apens pour avoir a manger.surtout les "jaunes" ils sont terribles ceux là!

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    • @ Zaneema : absolument !!! On voit que toi aussi tu as l'expérience des singes en Inde : ils sont insupportables, et effectivement ils volent tout ce qui passe. L'amie avec laquelle je voyageais tenait un sac de bananes quand nous étions sur un quai de gare : elle se l'est évidemment fait voler par un singe !

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  2. AHHHHHHHHHHHHHHHH!! AAAAAAAAAhhhhhhhhhh J'ai regardé la photo avant d'avoir fini ton paragraphe et j'ai cru que c'était un GROS RAT AAAHHHHHHHHHHHHHHHH!!!!
    Mais bon, ce n'est qu'un singe, alors, ouf, ça va!!!!

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    • @ Blogi : hihihi ! Effectivement, cela aurait été un très gros rat ! Franchement, il était super fou ce singe : le lendemain matin, je me retrouver nez à nez avec lui, puis il part se rouler sur la rambarde du balcon, genre on est à trois ou quatre étages du sol... Un singe donc !

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  3. 1/ Joli récit, celui de rencontre(s), de simplicité et d'amitié dans un train pas comme les autres ! Ca vaut son pesant d'Orient Express ...
    Pour la viande de mouton séché, arabe ça s'appelle le "Kadid", ça sèche au soleil pendant 2/3 jours et puis c'est cuit et conservé dans l'huile, ça peut rester des mois, et bien épicé, c'est délicieux (surtout en soupe)
    2/ ça te faisait pas peur que sa couchette cède?? : )
    3/ et t'as pas peur que le singe soit agressif?!
    Sinon je sais, c'est morbide ce que je te demande, mais tu pourrais nous faire un reportage photo sur la crémation en inde? : )

    Frabchement bravo pour tes posts et tes récits, ça me rend de plus en plus accro à ton blog : )

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    • @ M1 : c'est décidé, je veux goûter du "kalid", na ! Rien que la description me fait venir l'eau à la bouche (attends, viande, épices, soupe, c'est pour moi !).
      J'avoue que je n'y ai même pas pensé, je crois que j'étais tétanisé, cette femme était absolument grandiose. Quant au singe, oh oui !, comme le disait Zaneema dans son commentaire, les singes en Inde sont super agressifs et volent tout ce qui passe : il faut faire super attention, lunettes de soleil, sac de nourriture, sac etc.

      Pour le reportage photo, impossible du fait de l'interdiction catégorique de prendre des photos sur les champs de crémation... Il faut le voir soi-même, c'est le seul moyen 😉 !

      Merci beaucoup !

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  4. En effet, de merveilleux tableau se profilent à l'horizon. j'aime beaucoup. merci de nous faire partager ces bons moments avec toi. limite je me serais crue dans le train en votre compagnie 😉

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  5. Je ne sais pas pourquoi, les singes me mettent très mal-à-l'aise ! Leur proximité avec l'homme, sans doute...
    J'aime beaucoup la phrase : "Elle est devenue un mythe." 😀

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    • @ Kahlan : pour ceux-là, tu n'as même pas le temps de te poser la question tant ils sont agressifs et prompts à te voler tout ce que tu as sur toi !
      Hihihi, en plus, c'est vrai : une déesse des temps anciens, capable d'escalader des montagnes !

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  6. Je suis allée en Inde il y a 25 ans pendant 1 mois,j'adore tes récits,j'ai l'impression que peu de choses ont changé.Combien de temps y restes tu?

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    • @ Quenotte : je crois qu'effectivement rien a changé, et pourtant tout a changé aussi. Je suis sûre que si tu revenais, tu n'en reviendrais pas : la consommation, la modernisation de certaines choses... et qu'en même temps ce serait très familier !
      Normalement, nous restons encore un an et demi ou deux ans.

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  7. Le plus inquiétant aurait été de voir un Tac désireux de rencontrer une Moufette avec en arrière plan un rat en train de poursuivre un singe et un chien au téléphone.
    Je dis ça comme ça 🙂

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    • @ Manu : oui ! Ils sont beaucoup plus grands et beaucoup plus costauds la plupart du temps que les autres Indiens. Il faut dire qu'ils viennent presque tous du Punjab, un des Etats les plus riches d'Inde ; on voit qu'ils mangent à leur faim, et notamment de la viande...

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    • @ Melibu : merci, surtout le singe, j'avoue que sur le coup, quand j'ai reconnu la bestiole je n'en ai pas mené large. Cela aurait été un énorme rat ou un énorme cafard, je m'en fichais, mais un singe, je sais qu'ils peuvent être très agressif et il aurait pu me voler mon téléphone, je suis donc retournée à grandes enjambées dans la chambre, hihihi !

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