Inde, Chine : d’une galaxie à l’autre…

[Le processus écriture / mise en ligne étant compliqué, je me sens un peu bloquée je t’avoue : des milliers de choses à te raconter, mais cette impression de ne pas vraiment pouvoir communiquer avec toi (oui, la censure n’est pas faite pour rendre les choses faciles, je sais…).]

Il faut quand même que je te parle un peu de cette vadrouille en Chine ! La première chose qui m’est venue à l’esprit en arrivant cette fois-ci en Chine pop’ (hors Hongkong et Macao, où la vie peut être tout à fait européenne depuis quinze ans), c’est : « oh bon sang, comme ça a encore changé ». Suivi du nécessaire : « oh bon sang, comme l’Inde est à des milliers d’années-lumière de tout ça »…

Nécessaire parce que l’automatisme est de comparer. Un des premiers réflexes en voyageant à l’étranger, même en se réfrénant, est d’évaluer les comportements, les habitudes, le contact, les progrès à l’aune de précédents voyages ou de son quotidien. On se retrouve alors à encenser, à pointer du doigt, pour finir par comprendre pourquoi et comment.

La comparaison est ici d’autant plus nécessaire qu’Indiens et Chinois se regardent en chiens de faïence. En fait pour être juste : que l’Inde tente de faire croire qu’elle peut rivaliser avec la Chine, que la Chine ricane de son côté avec condescendance en regardant l’Inde (comme le montrent les compliments mielleux des autorités chinoises face à la « bonne organisation » des Jeux du Commonwealth par Delhi, alors même qu’elles sont en train de montrer à nouveau avec les Jeux Asiatiques de Canton à quel point elles maîtrisent tout de bout en bout…).

Chine Route

Hallucination pour qui vient d’Inde :  marquage au sol? voie cyclable ?

aucun vendeur sur la route ? aucun klaxon ?

aucun enfant jouant dans les détritus et se baignant dans le caniveau ???

En la matière, les choses ont changé ces dernières années en Chine,

je vois effectivement les efforts…


Et nous alors ? Nous qui vivons en Inde depuis deux et trois ans, qui adorons Bombay, qui avons pris cette ville et ce pays à bras le corps ? Je pourrais te faire une liste des réflexions que nous échangeons : routes splendides, rues aux trottoirs praticables, véritable urbanisme (quoique froid mais organisé), la propreté (par rapport à l’Inde, et même par rapport à l’Europe parfois), aucune crainte ou insécurité ressentie (nous pouvons dénuder nos épaules…), une sollicitation moindre, une pollution visuelle, sonore et environnementale amenuisée voire disparue, l’absence d’envahissement humain dans un pays pourtant encore plus peuplé que l’Inde…

Alors oui, on compare. Deux grands démographiques, deux grandes civilisations, deux pays sous les feux de la rampe, deux pays que j’aime (même si je préfère la VRAIE République de Chine à la Chine pop’…). On trouve des explications, mais aussi deux systèmes politiques très différents qui se rejoignent au final sur un point : la mise sous tutelle du peuple (d’un côté par la main de fer du PC, de l’autre par la nécessité de maintenir la tête sous l’eau de 75% de la population pour que les 25% restant vivent bien).

Deux cultures donc, aux antipodes l’une de l’autre : la Chine presque plus occidentalisée que l’Occident au risque de se perdre dans une fuite en avant vers l’efficacité et la domination, et l’Inde qui se complaît dans un délire de supériorité hautain et dans sa crasse (qui est pure, en fait, donc ça ne pose pas de problème). D’un côté, la recherche de l’autonomie maximale, personnelle et étatique, de l’autre la recherche de la passivité royale, étape ultime de la réussite. Blogi et moi avons fait le grand écart…

Un exemple ? L’espace public. Une notion qui n’existe absolument pas en Inde : qu’il s’agisse d’échoppes ambulantes, de dormeurs des rues, de vendeurs, de familles installées sur un bout de trottoir et surtout du trafic monstrueux, chaque centimètre carré est possédé par quelqu’un qui le garde jalousement et t’oblige à fuir le plus vite possible. En Chine, l’espace public existe même s’il est sous surveillance : on déambule sur les trottoirs, traverse la rue, fait du lèche-vitrine, s’assoit dans les parcs, on flâne (absolument inimaginable en Inde !) et on retrouve ce sentiment qui nous a tant manqué de « l’espace fait pour moi ». Comparons ce qui est presque comparable, Canton et Bombay, deux villes très anciennes et commerçantes, portuaires, deux villes millionnaires (8 et 18 millions d’habitants…), deux quartiers traditionnels réputés pour être des cloaques : l’un a été réaménagé et assaini ces dix dernières années (déjà lors de mon premier passage, on voyait les progrès), l’autre n’a jamais revu l’ombre d’un planificateur depuis… euhhh… au moins ça.

On enrage encore plus, parce qu’on aime ce pays qui ne fait rien pour aller mieux…

Canton rue

Bombay rue

[Ce billet a été envoyé par mail depuis la Chine, reposté sur WordPress en France par Gulab Jamun. J’ai accès à vos commentaires mais je ne peux ni y répondre, ni même consulter mon propre blog…]


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4 commentaires

  1. Tu veux donc dire qu'il y a une véritable culture du bordel (au sens bazar du terme) en Inde, que ça n'est pas seulement un déficit de moyens matériels ? Parce que moi j'ai toujours attribué le côté "praticable" des pays asiatiques que je connais un peu à leurs PIB...
    Terriblement intéressants, tes témoignages, bonne suite de séjour !

    HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)
  2. Totalement d'accord (comme toujours...). Ca me rappelle cette formule de VS Naipaul pour décrire l’Inde pays indéfinissable qui se situe entre "Cesser d'être et commencer à exister". La Chine pour sa part ne se pose pas de question existentielle : la modernité, ici, maintenant et quel qu’en soit le prix.

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  3. Oui mais qu'en est- il de la corruption en Chine?parce que l'Inde est vraiment gangrénée,je pense que c'est un frein considérable au changement.L'Inde me fait penser que tout y est encore possible...comme un croquis de pays,qui attend (enfin)de la vraie bonne volonté.

    HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)
    • Malheureusement la corruption est endémique en Chine, même si les touristes n’y seront jamais confrontés car ce n’est pas une corruption de gagne-petit. La corruption se niche dans l’absence de véritable d’État de droit en Chine. Les autorités publiques de tout niveau (depuis le village jusqu’à l’État central) ne font pas respecter et ne respectent pas le droit (qui est par ailleurs souvent imprécis et lacunaire). La caricature ultime en la matière est le statut juridique de la propriété foncière. Le résultat c’est que pour un particulier ou une entreprise privée seule la corruption protège de la corruption.

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