Chouyo ? 臭鼬 ? Oui… c’est moi…

A mes débuts de blog, chacun se cachait derrière un pseudo. C’était l’époque des blogueurs anonymes, quand on ne se rencontrait pas, quand on parlait de soi pour mettre en mots plus que pour faire réseau.

On faisait attention alors à ne donner aucun détail de soi, vrai prénom, ville où l’on vivait, entourage, métier : tout devait rester secret. Nous étions anonymes et nous étions bien. Au fil des semaines, des mois, des années à force de se lire et de se commenter, des amitiés se sont nouées. J’en ai parlé ICI déjà… Les rencontres se faisaient au compte-goutte dans un premier temps, avec des précautions toutes virginales. Il fallait se préparer à tomber le masque et à le voir tomber chez l’autre : à décevoir et à être déçu, à enthousiasmer et à être enthousiasmé. La question était « *** sera-t-elle telle qu’elle se présente ? », « ***** sera-t-il comme je m’y attends ? » Aussi brillants, drôles, aussi délurés, aussi présents ? La question était de savoir si moi, lectrice et blogueuse, je m’étais laissée envoûter par un pseudo, un avatar, si j’avais perdu la capacité à dissocier le réel de l’irréel.

Ce ne sont pas les pseudos les plus référencés ou les plus ouvertement-mystérieux (pardonne-moi l’oxymore) qui marquent. C’est la cohérence qui génère l’attirance. La charge émotionnelle, la curiosité titillée, quand ce qui est censé voilé dévoile plus et moins qu’il ne faudrait. Quand le ton, les réactions, le comportement en ligne (rédaction, commentaires, réseau…) offrent une silhouette suffisamment homogène pour que l’on sente que le pseudo est un révélateur fidèle.

Le pseudo te marque. Il prend vie et fait corps avec le blogueur derrière à tel point que, après rencontre, le vrai prénom pourtant désormais su, s’efface. Nekkonezumi et Shaya resteront Nekkonezumi et Shaya. Spike sera à jamais Spike. Tout comme MaO, avec sa majuscule, sinon cela n’a aucun sens. Parlant d’elles parfois à mon entourage, il m’arrive de glisser leur vrai prénom pour les « rattacher » à un réel où les noms ne sont pas fantasques et sortis d’élucubrations étrangères à tous ceux qui ne vivent pas une partie de leur journée devant un écran. Alors mon entourage les dédouble, ne sait plus qui est qui, ne sait plus qui des pseudos et des vrais prénoms et se dit parfois que je me complique la vie.

Confusion des sphère, confusion des genres, confusion des gens.

Twitter, dans sa boulimie soudaine d’échanges instantanés et de liens sociaux immédiats par intérêts partagés, a accéléré le phénomène. On y dialogue plus vite, on s’y apostrophe plus vite, on se rencontre plus vite. On s’y aime plus vite aussi. Les pseudos fusent, s’échangent, « tu devrais vraiment suivre @*** et rencontrer @****** » et le a ligaturé de précéder chacun et de relier les gens entre eux. Il m’a alors été étrange d’observer le destin de mon pseudo. Aujourd’hui je suis Chouyo. Et si je me posais la question aux débuts des blogs de savoir comment relier les deux personna, la blogueuse et le vrai moi, le personnage et le moi réel, elle ne se pose plus aujourd’hui : l’immédiateté du contact sur Twitter et la temporalité lente qu’offre le blog ont fait fusionner le moi réel et le moi virtuel.

Pour certains d’entre vous je suis Chouyo et je le resterai. Chouyo qui n’a rien de différent de moi, qui est totalement moi et que je suis totalement. Et « ma Chouyo » comme « dis, Chouyo… » sont des choses que j’entends ou lis désormais souvent dans la « vie réelle ». Tant la vie virtuelle a infusé celle-là.

Alors, avec un pseudo qui de masque est devenu surnom puis presque second prénom, il fallait bien qu’un jour j’en expliquasse l’étymologie*.

Chouyo Caractères

A l’origine il y a une histoire de famille, riche et drôle pour ceux qui en sont partie prenante, sans saveur pour les autres… Alors, en quelques mots, ma soeur. De dix ans plus jeune, innocente donc, et que je me plaisais à affubler de tous les noms animaliers qui me passaient par la tête : tout comme mes frères, encore plus jeunes, furent tour à tour des wombats et des bichons, j’avais une nette préférence pour ce qui était poilu pataud et odorant, et ma soeur passa une partie de son enfance à vénérer le ragondin, pensant que si je l’appelais comme ça c’est que la bestiole était nécessairement jolie et sympathique. Mais ayant découvert un jour avec stupeur la réalité (je ne connaissais malheureusement pas encore l’hoazin et le takin**), ma soeur me fit comprendre que je devais jeter mon dévolu sur un autre nom… et je choisis « Moufette ». Je profitai encore de sa jeunesse, mais par solidarité et esprit de fratrie, je la laissai me donner le même surnom. La grande et la petite Moufette. Un mot doux. Empreint de rondeurs, sautillant, câlin. Un animal qui réagit trop vivement (et avec des conséquences désastreuses…) mais à qui il suffit d’être aimé pour faire des miracles. Un peu de moi dans ce nom. Et même certains amis finirent par m’appeler Moufette…

Apprentie blogueuse, il me fallait un pseudo : premier voyage en Chine, envie d’écrire et de décrire ce voyage, et l’envie de parler de moi tout en me voilant. Il me parut tout à coup évident de m’appeler Moufette. J’utilisai ce nom dans mes deux premiers blogs et pour lui donner la saveur de l’ailleurs et le mystère nécessaire au virtuel, je le traduisis en chinois.

臭鼬

Chòu yòu…

… le mustélidé qui pue.

Oui, le chinois est clair, impératif et catégorique (le chinois est donc kantien…).

Pour l’euphonie et la graphie, je le modifiai en Chouyo, la rondeur des « o », le murmure du [ou], la douceur du [ch] et la mouillure tendre qui clôt le mot… Cela me semblait parfaitement moi. A tel point que ce qui n’était qu’un pseudo est devenu moi pour beaucoup, et pour moi-même avant tout.

Chouyo est entrée dans le titre de ce blog. Chouyo remplace parfois mon prénom pour certains d’entre vous. Par habitudes virtuelles, par blague. Par plaisir surtout.

Alors Chouyo, c’est bien moi.


* Ou comment caser un subjonctif imparfait. Genre, comme ça. Oui.

** Oui, lapin, chien, chat, c’est beaucoup trop commun pour moi.

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13 commentaires

  1. Il est magnifique ce billet. Il est magnifique aussi parce qu'on a tous eu, à un moment, ces sentiments. Tu les retranscris magnifiquement bien.

    Billet touchant et émouvant. Lire quand le soleil se lève est vraiment sympa... Merci

    HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)
  2. Pendant longtemps j'ai détesté qu'on m'appelle dans le réel par mon pseudo. Comme si j'avais peur que le pseudo prenne le pas sur le reste... C'est toi qui a fait voler ça en éclat. (et depuis je signe parfois des mails pro par mon pseudo 😉 )

    HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)
  3. Quand je pense qu'à cause de toi je me trompe parfois en appelant ma sauce Shoyu ,chouyo...

    HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)
  4. "Tant la vie virtuelle a infusé celle-là." C'est très très joliment dit, je peux même en voir la couleur... de là à conclure que ce statut à deux têtes est notre tasse de thé... 🙂

    HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)
  5. Voilà un pseudo qui a une bien belle histoire. Pour moi, oui, tu es Chouyo. Si j'entends ton prénom, je pense à toutes celles que je connais qui le porte mais pas à toi... Alors que si je lis une enfilade de "i", j'ai deux pseudos qui me saute à la tête !

    HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)
  6. Pour moi tu sera toujours Chouyo, déesse de Bombay ! Et bouffeuse de saumon sur les champs !;)
    Mais c'est vrai que le côté "secret" était presque vital au début des blogs ...
    Comme quoi ...les temps changent

    HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)

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