Dans les cités-oxymores #Asie

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Arabo-japonais ou nippo-arabe : la question est ouverte…

L’Asie est souvent présentée comme l’expression la plus absolue de l’altérité. Et si c’est en partie vrai, c’est en revanche en revenant en Europe que l’on replonge dans le pluralisme visible et palpable, dans le cosmopolitisme et l’altérité vécus au quotidien.

Car le mélange, l’Occidental l’oublie vite en Asie : l’homogénéité y prévaut, quand bien même les pays y soient d’extraordinaires mosaïques d’ethnies et de cultures. Mais on y baigne dans un univers indo-indien, sino-chinois, siamo-thaï… sauf à rejoindre les marches de ces pays, où se mêlent les ascendances russes, ouïghoures, tibétaines, afghanes… Les seuls creusets multiculturels sont Singapour et la Malaisie. Et encore chacun y vit chez soi sans se mélanger.

Pourtant chaque jour je me suis émue du melting-pot de l’Inde. A force d’observer, on distingue les visages ronds aux yeux en amande des bengalis, les femmes de l’Inde gangéatique aux cernes bleutés, les corps noirs d’encre des Indiens du Sud, les visages pâles des Kashmiri et les Asiatiques-de-l’Inde-orientale, yeux bridés et peau dorée. On dissocie progressivement les langues indiennes entre elles mais rarement y résonnent celles des communautés hors du monde indien. Avalées, brisées, enfouies, un peu de français pondichérien et de portugais goanais surnagent, comme les reliques fanées d’une autre époque. Parfois ravivées par la nostalgie. Ou le tourisme.

Etrange sentiment alors que de vivre l’Ailleurs absolu et de sentir un manque. De se trouver face à si… monolithique. Imposant. Grisant et inquiétant à la fois.

Remettre un pied dans le métro parisien, grimper dans un bus londonien, l’environnement est tout aussi homogène que dans les villes asiatiques et…

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Le contraste.

Les grandes cités européennes en sont pétries. Immigration, migrations, métissages, voyages, on prend tout à coup conscience à quel point l’Ailleurs est consubstantiel de notre regard sur le monde : croiser des visages de toutes origines au travail, dans les rues, le métro, les médias, Paris ou Londres te font plonger dans un grand bain de couleurs et d’accents, de gestes et de coutumes. Les écarts sont aussi outrés qu’à Bombay, aussi grands qu’entre le Pékinois et le Cantonais, mais… ils sautent aux yeux. Ils interpellent de manière immédiate et instantanée l’attention, la curiosité, l’envie de découvrir.

De Barking à Notting Hill, de Brick Lane à Islington, d’Arts et Métiers à la Goutte d’Or, de Belleville à Saint-Georges, les peaux qui s’interrogent et se répondent, rousseur et ébène, ivoire et cuivre, les traits modelés aux origines inconnues, les métissages fantasques, l’attrait sans cesse renouvelé à chaque visage rencontré. Un jeu urbain fait de mystères : d’où peut bien venir celui qui est face à moi, celle qui me regarde ? Et de se repaître des yeux bridés, du cheveu crépu, de l’iris vert, de la peau mate.

Un savant mélange qui parfois tourne, entre en ébullition, mais me conquiert toujours.

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Dans le bus, le garçon aux cheveux noirs raides comme des baguettes envoie des sms en sinogrammes. Deux femmes en boubou assises en face conversent en espagnol. Chine, Guinée équatoriale, et derrière eux, je distingue un turban au doux bleu-gris et une barbe soignée. Un sikh, le Penjab donc, et deux touristes portugais qui essaient de comprendre où va le bus en train de traverser Londres. Le bus est rouge, le chauffeur est noir. Trois gamines montrent leur nombril à l’arrêt de bus et la grand-mère qui monte cache son corps alourdi d’une abaya d’un noir profond.

Pour moi qui regarde, la question de l’assimilation, de l’intégration, du métissage, celle du cosmopolitisme ou du multiculturalisme, viendra. Mais en son temps.

Ce qui prime d’abord c’est la magie de ces êtres que tout oppose et qu’une cité rassemble.

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Près de moi dans le métro, ce grand gars au visage rond, aux cheveux bruns doux et aux yeux chauds, le sourire du Maghreb qui s’esquisse. Deux jeunes dont la peau nacrée illumine la capuche rabattue, sortir aux Halles ou à Châtelet ? Une dame, la soixantaine ondulante comme ses cheveux blonds décolorés raconte avec éclats de voix aux ados qui l’accompagnent la balade du jour, l’Italie m’enveloppe. Et ces deux petites jeunes femmes qui montent à Rambuteau, fines, ongles roses et pantalon moulant, laissent le dialecte wenzhou envahir mes oreilles.

Le grand échalas vêtu d’une djelabba grise dont dépassent les baskets, calot de dentelles, barbichette clairsemée, peau ridée tirée sur les pommettes… sortant du métro je suis assaillie par des rues foisonnantes où l’arabe le dispute au chinois, les échoppes louches aux odeurs de friture… je me souviens qu’à l’autre bout la station était proprette, les enfants blond-cyrillusés tirés à quatre épingles et leur nounou philippine qui prendra sa journée de repos sur une pelouse du Bois ou du Champs de Mars, tupperwares de sortie et guitares sèches rappelant leur Ailleurs…

Alors je me dis que ces cités qui se nourrissent d’oxymores sont miennes.

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Un commentaire

  1. En Asie, tout le monde ressent ce vouloir vivre ensemble. Ils n'y vont pas pour gagner de l'argent mais parce qu'ils ont envie de vivre avec ceux qui y sont déjà. Donc, je préfère toujours vivre en Asie qu'en Europe.

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