La Charmwalli de Bombay #Inde

Il est de ces gens à Bombay que l’on ne remarque pas du premier coup d’oeil. Ou que l’on ne remarque plus. La foule est telle, la circulation si dense, et tout de se fondre dans une masse informe.

Au milieu, il y a les petits vendeurs de rue. Ils étalent à même le sol leur camelote, tissus, cacahuètes, bananes, barrettes, breloques, si nombreux et si évidents au regard tant l’Inde fait de sa rue le centre de la vie quotidienne, qu’ils se fondent dans le décor. Mais ils ne seraient pas là, la rue serait morte.

Pourtant, ils n’ont pas plus de visage que cela. Présence discrète, car on hèle rarement le passant en Inde (à moins d’un lieu touristique), et interchangeable… il y aura toujours un autre vendeur de cacahuètes quelques mètres plus loin. Ils laissent venir, regarder, ils ne cherchent pas à vendre à tout prix. Les femmes sont rares, sauf dans les marchés proprement dits et pour vendre le poisson dans les halles noires de gaz d’échappement le long des rues ou les marchés kohlis : contact avec le tout-venant oblige, ce sont plutôt les hommes qui tiennent la boutique des presque-rien de la rue quotidienne.

On tend un billet, on saisit la grignoterie, le jouet, les écouteurs, la paire de chaussette, et on repart.

J’ai aimé passer du temps à les observer. Toujours les mêmes, aux mêmes endroits. Ceux qui s’installent près des bureaux juste avant le déjeuner, et ceux qui s’approprient le trottoir avant la promenade du soir. Ceux qui alimentent le ventre affamé de la ville, et ceux qui des enfants font briller la pupille. Ceux qui pour quelques roupies simplement te donneront avec un kulfi l’illusion d’avoir froid ou qui te raviront tant tu te portes bien, emporteront tes lèvres à force de piment saupoudré, en atténueront le feu avec du sucre collant et parfumé.

Ils sont anonymes et pourtant ils créent l’intime de Bombay, indispensables, bienveillants le plus souvent, disponibles.

Âprement nécessaires au rare bien-être de cette ville.

Peanutwalla

Bubblewalla

Scalewalla

Bombay Cachuètes

Kulfiwalla

Et un jour, il y eut cette femme, la charmwalli.

Le visage émacié, le corps tout autant, un des millions de visages de l’Inde. A côté d’elle, une jeune fille cheveux tondus recroquevillée, le regard vide. S’approcher, sourire, observer, sentir que l’atmosphère ici a changé… Devant elle, ce n’est pas n’importe quelle camelote : elle tend au passant désargenté, trompé, floué, déçu, ambitieux, elle tend à tout ce que comptent comme espoirs et regrets les rues de Bombay des fers à cheval et des poupées vaudou, des pattes de poulets et des cauris, des poudres, des racines, des galets, des plumes de paon, des geckos séchés…

Elle se tient éloignée des autres vendeurs de rue, sur son trottoir près du sanctuaire soufi des exorcismes (à lire ICI) et Kamathipura, le quartier des cages, le quartier rouge.

Elle sait les assemblages sans doute, les recettes et les potions. Et elle a étalé toute la panoplie qu’il faut pour soulager le client, pour être crédible, pour être sorcière. Elle manipule les destins, les crée, les défait, elle dénoue et vend des charmes alors qu’à quelques rues de là d’autres vendent les leurs.

On vient dans ces quartiers de Bombay non pour acheter cacahuètes, breloque, camelote, mais parce que l’on est certain du pouvoir de ce que l’on y peut trouver.

Bombay Charmwalli

HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)

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