#Inde : Le sexe comme champ de bataille

[J’ai volontairement illustré ce billet de sculptures érotiques hindoues et jaïns des temples de Bhubaneshwar (Orissa), Khajuraho (Madhya Pradesh) et Ranakpur (Rajasthan). Elles sont là pour te rappeler à chaque étape que la sexualité ludique et détendue est une réalité des dieux en Inde. Pas des hommes.]

Inde Khajuraho 1

On te dira peut-être que le cricket est le sport national de l’Inde…

Aujourd’hui, le viol d’une étudiante indienne et son décès font couler de l’encre. Et je suis consternée par ce que je lis et vois : si l’on exclut d’office les articles et reportages se complaisant dans la description du fait divers et de témoignages corroborant l’idée de « l’Inde, pays du viol », ceux qui tentent d’aller plus loin restent au ras des pâquerettes. Soit parce qu’ils se contentent de lier frustration et sex ratio déséquilibré, soit parce qu’ils jouent l’explication culturelle inepte (et je pèse mes mots) de la pudibonderie victorienne laissée par les Britanniques, soit parce qu’ils se contentent de traduire les articles d’intellectuels et experts indiens qui eux, surtout eux, n’iront jamais gratter le problème de fond. Ils n’y ont aucun intérêt.

Parce que le linge sale, ça se lave en famille. Surtout les slips.

Il suffit juste de vivre en Inde pourtant. De lire les journaux, d’écouter les gens parler, de les observer se regarder, se toucher, se vêtir. De lire une abondante littérature et des rapports émanant des institutions indiennes elles-mêmes. Et d’être terrifié. En 2007, 53% des enfants indiens interrogés dans ce rapport avaient subi des abus sexuels…

Le cricket, toujours sport national ?

Alors voici peut-être un des sujets qui me tient le plus à cœur à propos de l’Inde, qui me remue et m’exaspère à la fois. Le rapport au corps et au sexe, l’effarante dépossession de soi quand on vit dans ce pays, que l’on soit une femme ou un homme, sa désensualisation extrême, l’indigence sexuelle d’un pays qui brandit le Kâmasûtra comme un de ses chefs-d’œuvre.

Car, n’en déplaise aux promoteurs d’une Inde en carton-pâte, l’Inde est aussi sensuelle qu’un goulag sibérien.

Inde Khajuraho 2

Alors les médias occidentaux de s’engouffrer avec fracas dans la perspective qui-vend-bien : par manque de temps et d’intérêt pour l’Inde, ils font de ce viol l’exemple-type du triste état de la condition de la femme dans ce pays et les manifestations sont la preuve qu’un graaaaaaaand mouvement de fond est en train de secouer la société indienne. Comment dire… Mouahah. Et c’est un rire triste. Malheureusement.

Cette idée qu’une quelconque manifestation en Inde pourrait changer ce pays prouve que rien n’a été compris. Je l’avais souligné en août 2011 : nos médias se rengorgeaient de Anna Hazare et d’un possible Printemps indien (on l’attend toujours d’ailleurs), faisant par là preuve d’une méconnaissance absolue des mécanismes politiques de ce pays et surtout de l’apathie extraordinaire de sa population. Car 5 000 personnes qui manifestent en Inde, ce n’est rien. Même 50 000 personnes qui manifestent en Inde, ce n’est rien. Dans un pays d’1,2 milliard d’habitant où 70% de la population est rurale, engoncée dans des relations sociales, politiques, médicales et familiales empreintes de religion et de superstition, dans un pays dépolitisé au possible (et notamment son élite !) où le grille-pain offert par tel parti est la seule motivation pour aller voter, à moins que ce ne soit le biryani promis par la municipalité, la très grande majorité des Indiens n’est en rien concernée par ce qui touche la nation. Si ce n’est le cricket. Alors… un mouvement qui rassemble un nombre ridicule de participants… dans quelques rares villes… sur un thème qui touche aux femmes… sur un thème qui touche au sexe… ?

Cela n’aura malheureusement aucune répercussion de fond sur l’Inde.

Inde Khajuraho 3

Alors quoi ?

Je ne vais pas rapporter de chiffres, ni retracer le scénario infâme, ni vous rapporter les rebondissements grotesques (même si aucun n’est surprenant, effets-de-manches du gouvernement, révélations scabreuses savamment distillées, refus des avocats de défendre les déjà-coupables, appels à la peine de mort toujours très prompts) et je ne vais pas décortiquer les cris d’orfraie d’une partie de la population qui, tout à coup parce que les caméras du monde sont là, s’indignent de l’horreur mais qui, le calme revenu, n’en aura toujours rien à faire que la maid rentre à pied seule le soir. Parce qu’en Inde, le problème n’est pas le viol des femmes. Il n’est pas non plus celui du statut de la femme. Non plus que celui du viol. Le problème fondamental et viscéral de l’Inde est le rapport au corps de l’autre et à l’intimité.

Et les journaux m’ont appris qu’un phallus était avant tout en Inde un instrument de douleur plutôt qu’un instrument de plaisir. Shiva, le phallus sur lequel repose le monde indien, n’est dressé que pour détruire.

J’ai le souvenir d’un corps une nuit dans une rue de Bombay. Deux policiers discutent, le corps gît sur la route à quelques mètres. Un jeune homme, chemise bordeaux, face contre terre en un angle bizarre. Le pantalon aux genoux. Fesses à l’air. Passage à tabac, viol, jeté d’une voiture. Le regard ne peut se détourner, ne peut ignorer, à la fois la mort et la nudité de la partie inférieure du corps. J’ai cherché dans les journaux le lendemain, le surlendemain, aucune mention. Et pourtant, les faits divers quotidiens de l’Inde, par centaines, te permettent d’échafauder toutes les hypothèses… au mauvais endroit au mauvais moment, règlement de compte, mafias, voisins, amis, famille, policiers… Ce jeune homme n’est qu’un des milliers de cas. Un des millions de cas de viols, d’abus, comme tu en lis tous les jours dans les journaux. Des femmes, des adolescents, des enfants, des bébés. Il n’est pas besoin d’aller à la page des chiens écrasés ou des intouchables humiliés pour trouver ça : la première page suffit. Les encarts se succèdent, chaque jour. On a retrouvé Surya, 2 ans, violentée par son cousin. Ramesh, 12 ans, a décidé de porter plainte contre son employeur. La maid d’un couple de tel quartier huppé a volé ses patrons en représailles des attouchements que l’obligeaient à subir le père et le fils de la famille depuis des années, ainsi qu’à sa soeur.

Alors non : c’est une erreur de se cantonner « seulement » au viol de cette jeune femme. C’est une erreur de croire qu’on a la à faire à des violeurs pathologiques, aisément distincts des autres, et que seules les femmes sont victimes.

Inde Ranakpur 1

J’ai souvent raconté les frottements volontaires, les attouchements dans les rues, les gestes d’agression dans les moyens de transports, les rues, les magasins mêmes !, ou les téléphones portables brandis pour photographier une entrejambe, des fesses, des seins… même quand la femme porte tunique large et pantalon ample. Quand des photos volées de bretelles de soutien-gorge paraissent sur des sites pornos, quand les jeunes femmes ont peur de prendre des taxis ou des rickshaws le soir, quand des hommes d’un certain rang social caressent tes pieds dans l’avion, il faut se poser de réelles questions non plus sur des cas pathologiques mais sur une culture entière.

L’Inde est un pays où l’intime n’a pas sa place, c’est un lieu de violence et de ricanements. La très grande majorité des gens défèquent et pissent dans les rues et les bas-côtés au vu et au su de tous, où cette même population voit parents et enfants partager le même lit, les grands-parents à quelques mètres, où une majorité de femmes (80% dans les bidonvilles) ont des infections urinaires permanentes, où l’on baise habillés, où baiser c’est procréer avant tout ? Lire chaque jour l’encart Sexologie des journaux indiens est une descente aux enfers. Ecouter les jeunes hommes et femmes des classes moyennes ricaner à 25 ans au mot « pénis », être stupéfait que des hommes d’affaires aisés s’esclaffent en parlant de sexe de manière réellement sale (et pourtant je ne suis pas bégueule), se voir proposer des dizaines et des dizaines de fois des rapports sexuels dès la troisième question…

L’interdit et la culpabilité sont les maîtres-mots. On vendra les héroïnes pulpeuses sans oser prononcer tout bas le mot « sexe » et les femmes enceintes sont cachées. Pureté et honneur sont quasi divinisés, aux dépens de toute autre notion, et notamment la compassion et la solidarité. Car au fond celui ou celle qui a été violé(e) l’a un peu cherché, et si c’est un enfant, un adolescent… il a de toute manière été sali et rien ne pourra racheter sa pureté. Souvenez-vous de Rama, le roi par excellence de l’Inde, l’avatar de Vishnu : les hindous célèbrent son retour triomphal lors de Diwali et d’aucuns se plaisent en Occident à le célébrer aussi mais pleurent sur la condition féminine en Inde… C’est ce même Rama qui, parvenant à ramener sa femme enlevée par Ravana, la répudie au final ! Car malgré les protestation de Sitâ, il ne peut être totalement sûre qu’elle est… pure. Elle a été enlevée, regardée, désirée par le monstre ? Elle l’a un peu cherché au fond. Alors salie ou non, elle est de toute manière paria. Et je n’utilise pas ce terme sans raison.

Alors le sexe, frustré, est vécu hors de tout cadre qui permettrait de l’apprivoiser sans culpabilité (masturbation, érotisme, pornographie (interdits sur le territoire indien), sexualité hors mariage, homosexualité etc.) ce qui fait du sexe une exigence permanente. Une guerre. Et le trophée est à saisir n’importe quand, n’importe comment, une photo volée ou une main baladeuse, ce sera toujours ça de pris. La toile porno amateur indienne est un gouffre d’Occidentales à moitié nues sur les plages goanaises et de matrones en sari transparents. Si l’on se livre à un calcul, terrible… en 2007 53% des enfants indiens ont subi des abus sexuels ? Alors gageons qu’il y ait eu des progrès sur les 20 années précédentes… donc la génération de 1980 aurait subi 60% d’abus ? et celle de 1970, 75 % ? Alors tout un chacun en Inde a subi de près ou de loin un abus, en a été témoin et fait perdurer une conception de la sexualité soit tronquée, soit craintive, soit frustrée, soit violente.

Ce que rapportent les journaux chaque jour n’est que la pointe émergée de l’iceberg. Et le viol des femmes n’est malheureusement qu’une partie infime du problème du sexe en Inde. C’est l’intégrité de son corps et du corps de l’autre qui est le problème fondamental, et les enfants, adolescents, femmes et hommes doivent lutter pour la préserver.

Inde Khajuraho 4

Alors, une jeune femme meurt à la suite d’un viol collectif particulièrement barbare. And so what ? Pour paraphraser Lampedusa, tout changera en Inde pour que surtout rien ne change.

On glosera sur les responsabilités (société brahmanique, religion hindoue, zénanas moghols ou pudibonderie britannique) alors qu’elles n’importent plus. Il arrive un moment où il faut se regarder en face, et quand il s’agit d’une évolution culturelle majeure seul un gouvernement volontaire peut l’imposer. Aujourd’hui, au lieu de mesurettes qui font ricaner (plus de femmes policiers ? la publication des noms des violeurs ? la peine de mort pour les violeurs ?), la seule solution pérenne et évidente pour l’Inde est une éducation sexuelle obligatoire pour tous dès l’école primaire. Oui : dès l’école primaire, je pèse mes mots.

L’Inde a besoin de libérer la parole de ceux qui sont le plus à même de souffrir des abus et qui seront ceux qui craindront le plus de parler. Les enfants, les pauvres, les dalits (intouchables), les adolescents, les femmes. Parler de pénis, parler de vagin, parler de masturbation, rire, ricaner, découvrir, dédramatiser, comprendre qu’il y a du plaisir mais aussi des interdits notamment quand il y a obligation, pouvoir, chantage et secret.

Les médias occidentaux aujourd’hui, plutôt que d’aller chercher des témoignages tragiques et pathétiques, pourraient aller demander aux parents indiens comment ils parlent de sexe à leurs enfants. Comment beta, le fils chéri, le fils adoré, voit-il ses parents traiter Priya la maid et les autres femmes de service. Comment les parents vivent leur sexualité et comment ils prennent soin d’entourer de secret ou de ricanements bêtes tout ce qui a trait au sexe, renforçant par là frustration, fantasmes, craintes et surtout l’omerta.

Le problème fondamental que soulève cette tragédie, qui n’est qu’une parmi des milliers, c’est celui de l’abus de la violence physique et symbolique quand il s’agit du corps d’autrui en Inde. De l’inceste, de l’abus sexuel, de droit de cuissage sur les domestiques, du viol dans les rues et du viol dans les chambres. De l’abus de pouvoir, de l’abus de puissance, sur ceux que l’on sait pouvoir écraser. Ce qui rejoint l’autre grande problématique de l’Inde.

Les gens y sont généralement doués pour donner de la voix et rouler des mécaniques. Pour s’offusquer quand les caméras sont là. Pour tripoter tes seins comme si de rien n’était dans un bus ou glisser la main entre tes cuisses dans une rue.

En revanche, pour parler en adulte de sexualité et faire cesser ces comportements d’adolescents TRES attardés qui vont parfois jusqu’au crime ?

Là ils n’ont plus de couilles.

Inde Bhubaneshwar

Note : le titre est une référence à la pièce de l’auteur roumain Matei Visniec, « Du sexe de la femme comme champ de bataille ».

HIIIIIIIIIIIII !!!(1)Boah...(1)

36 commentaires

  1. Bel et tragique article. Que ce travail d'éducation puisse être mis en place rapidement, c'est le seul moyen d'inverser cette désastreuse situation. Mais c'est du long terme...

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  2. Enfin une analyse pertinente sur les véritables problèmes de fond que soulève ce fait divers. Merci Chouyo pour cet article et ces propos très justes !

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  3. Merci (encore une fois) pour cet article très juste qui creuse et va appuyer là où ça fait mal, là où les Indiens refusent de voir, de reconnaître qu'il y a un problème...

    Par contre, oui évidemment aux cours d'éducation sexuelle, mais quoi d'autre? Car combien d'enfants ne sont pas scolarisés et n'y auront jamais accès, particulièrement dans des classes/castes qui sont souvent les premières victimes des abus?

    Et que faire pour toutes les générations qui sont en passe de sortir de l'école, ces jeunes qui pense qu'une Blanche/blonde est automatiquement une actrice porno et qu'ils peuvent tout tenter, ces moins jeunes qui se permettent toutes sortes d'attouchements, etc?

    Je regrette beaucoup que mon Indien, qui est éduqué, prêt à vivre en France, ouvert, etc., refuse de parler de ce sujet avec moi en prétextant que cela ne sert à rien de débattre quand on ne peut rien changer à la situation (et retour immédiat à la case "absence totale de sensibilité politique" + politique de l'autruche sur les problèmes de fond de la société); et que "vous les Français, évidemment vous savez tout"... (soupir). Pourtant il sait qu'il y a un problème, il s'inquiète énormément à l'idée que je vienne vivre à Delhi, que je demande à sortir seule, à être indépendante. Il préfèrerait que je ne sorte pas, fin de la discussion.

    En tous cas, je relaye largement ce billet... Il faut que les gens comprennent et lisent au-delà de la version fait divers.

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  4. Merci Chouyo pour ce très bon article. Comme disait Noémie, enfin une bonne analyse, qui touche le fond du problème. Car effectivement, ce n'est pas en faisant une nouvelle loi sous les cris de la foule que les choses changeront.
    Les choses changeront (un tout petit petit petit peu) quand mes anciennes collègues, éduquées et cultivées, ne se plaindront plus des articles et/ou publicités dans les journaux touchant de près ou de loin au sexe, parce que tu comprends, "si ma fille de 13 ans voit ça, elle va me poser des questions, et je ne peux pas parler de ça avec elle."...

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  5. Avant tout, c'est avec plaisir que je découvre ce blog (enfin, ça fait juste deux jours). De telles pépites se font de plus en plus rares. L'époque est aux blogs professionnels (bourrés de pubs, l'auteur en vit -- au moins partiellement--... on se demande où est la liberté d'esprit), aux blogs épisodiques (je connais bien le problème 😉 ), ou aux blogs légers (qui sont certes amusants, je ne les fustige pas). Rares sont ces blogs fournis et argumentés (ça frôle la perfection -- private joke inside 😉 -- ). Bref, je me plais bien ici, merci 😉

    Pour ce qui est du sujet, malheureusement, n'étant pas allé en Inde, je ne vais pas faire avancer le schmilblik. Mais c'est amusant, je fais bien plus confiance à ton analyse, qui m'éclaire sur la situation là-bas, qu'à celle de nos médias, qui ne font que du copier/coller de notre mode de pensée européen à un pays qui, ça je le sais, n'a pas le même fonctionnement que nous. Mes quelques lectures et films lus/vus sur l'Inde ("La Cité de la joie" pour parler du plus populaire) montre bien que les gens voient les choses autrement. Alors quand tu dis que "tout changera en Inde pour que surtout rien ne change", je veux bien te croire.

    Enfin, dire que la solution passe par l'éducation... tu mets en exergue une clé qui serait la réponse à bien des problèmes. Je plussoie.

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  6. Pour aller dans ton sens, un article mis en ligne par un ami: http://kafila.org/2012/12/23/rape-cultures-in-india-pratiksha-baxi/

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  7. Ben la conclusion de l'auteur c'est que 70% des indiens ont été abusés sexuellement dans leur enfance et que 100% d'entre eux sont des malades sexuels.

    On peut se permettre d'imaginer qu'elle exagère un peu, et qu'elle souffre d'un syndrome très commun chez les expatriés : de prendre de très haut tous les gens du pays où ils ont choisi de s'installer.

    Pas d'enrichissement culturel possible dans un telle attitude. Il est peut-être temps de rentrer chez soi ?

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    • A "mwé": je trouve ce commentaire affligeant. Pour avoir connu l'auteur à Bombay, où je vis moi même depuis 6 ans (et certainement pas en expatrié, je précise afin de couper court), et même si je ne suis pas forcément d'accord avec tout ce qu'elle a écrit dans le passé, je trouve son article juste, bien dosé et reflétant avec beaucoup de justesse ce que la plupart des jeunes femmes indiennes pensent, du moins celles qui ont l'occasion de penser par elles-mêmes. L'éducation dès la plus tendre enfance, le changement de mentalité des parents, et surtout des mères, sont des éléments primordiaux du changement, même si je ne suis pas trop optimiste.

      Oui en Inde, les abus sexuels sont omniprésents. L'auteur choisit d'ailleurs d'évoquer les abus sexuels sur les jeunes hommes également: les attouchements sexuels, agressifs ou non, demeurent la norme dans de nombreuses familles (toutes classes confondues) où les jeunes garçons ont souvent ainsi leurs premières "expériences" sexuelles, acommpagnées de porno. La fréquentation des prostitué(e)s à 20 roupies la passe ou des "dance bars" viennent parfaire leur approche de la femme ou du sexe. Puis il suffit de regarder les films indiens (bollywood, bojpuri, tamil etc) pour bien comprendre que le viol, l'agression sexuelle et la victimisation de la femme sont la norme dans les cultures populaires indiennes.

      Quant aux femmes, je n'en connais pas une seule qui n'ait eu à se plaindre de regards, d'attouchements, de restrictions, de commentaires obscène ou d'insultes, cette auteur y compris, de violences enfin, quelles quelles soient, dans l'espace public (et on ne parle même pas de l'espace privé).

      Vous qui semblez savoir comment vous "enrichir culturellement" mieux que les autres feriez bien de vivre justement en Inde, avec les Indiens et les Indiennes, subir ce qu'ils subissent, tout comme nous autres les fameux "expatriés" que vous semblez si bien connaitre, savant de juger les écrits des autres et crier avec effroi au tout venant votre vision politiquement correcte de ce pays qui lui, ne l'est certainement pas.

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      • Ben, Cléa, je cite juste le dernier passage:
        "Les gens y sont généralement doués pour donner de la voix et rouler des mécaniques. [...] Là ils n’ont plus de couilles."

        Y a pas besoin d'être à fond dans le politiquement correct pour trouver qu'il y a là amalgame et manque de respect. "Les gens", on présume que ça désigne tout le monde en Inde ? sauf bien sûr, "vous autres" les fameux expatriés, qui êtes au dessus des "gens".

        La violence du genre est un gros problème qui ne se règle pas du jour au lendemain, on espère que les Indiens réussiront petit à petit, tout comme les européens, ou la violence sexuelle n'a pas disparu d'un coup non plus, et pas tout à fait non plus. Et c'est pas grâce aux donneurs de leçon étrangers qu'on a avancé sur le problème en France. Sauf peut-être, ceux qui nous auraient contribué leur point de vue avec un minimum de respect pour notre culture.

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        • Non Mwé,je pense que c'est vous qui devriez relire attentivement le post. On peut ne pas être d'accord avec beaucoup de choses en Inde, sur la façon de vivre ou de penser certes. Mais il existe quelques libertés et valeurs fondamentales qui sont les mêmes pour tous les êtres humains il me semble, et oui, ouvrez les yeux, l'Inde, la société indienne dans son ensemble et ceux qui la dirigent n'accordent certainement pas dans les faits les mêmes droits aux hommes et aux femmes. ce n'est pas une hallucination de blanches expatriées comme vous l'insinuez (je ne suis pour ma part ni blanche ni expatriée).
          Personne ne dit que la violence disparaitra du jour au lendemain ou que la situation est meilleure en Occident ou je ne sais quoi. Nous constatons et réaffirmons simplement que l'Inde a beaucoup de progrès à faire en matière de sexualité. Vous semblez bien prompt à défendre une "culture" indienne, celle ci serait elle donc au dessus des droits les plus basiques de l'Homme? Au nom de la "culture indienne" dont vous semblez vous faire l'apôtre qu'en indophile certainement convaincu et plus savant de l'Inde que les Indiens eux même, doit on oublier que les gens, oui, les gens, hommes et femmes, ont des droits ? comme celui de ne pas se faire éviscérer dans un bus, ou violer à tous bout de champ, ou craindre de rentrer chez soi tous les soirs?
          Certes il y a des pays plus dangereux, mais là n'est pas le propos.

          L'Inde est un pays patriarcal et de plus en plus malsain pour les femmes, surtout à travers le prisme actuel (ouverture sur le monde, "rattrapage" économique etc etc). Le contester, le nier, et dénigrer ceux ou celles qui juste, tentent de l'expliquer ou de le démontrer est selon moi une forme banale d'orientalisme primaire.

          Libre à vous de vivre dans vos rêves de voyageur fasciné par l'Inde comme des milliers d'autres. Heureusement d'ailleurs.

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          • hmmm. OK, je vais penser à tout ça.

            J'ai du mal à croire aux chiffres sur les abus sexuels dans les familles, mais bon, j'ai pas les stats à vrai dire.

            Bonne chance aux femmes en Inde en tous cas.

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  8. Je crois que pour les lecteurs réguliers (et même un peu moins réguliers) du blog de Chouyo, le post de Mwé a de quoi faire bondir...Une véritable lecture de ce qui est dit permettrait de comprendre que l'expérience de Chouyo est à l'opposé de celle de nombre d'expatriés: elle abattu le pavé, rencontré et fait connaître les différents coins de l'Inde en vraie baroudeuse en ne cédant ni aux clichés touristiques ni à une forme de complaisance mâtinée d'exotisme face à un pays qui n'est pas le sien mais qu'elle a appris à connaître. Le lien mis dans mon commentaire précédent n'a pas été écrit pas un(e) expatrié(e) et dit en substance la même chose. L'enrichissement culturel ce n'est pas être ébahi face à la beauté de ce qui est "différent". Essayer de comprendre un pays avant de le critiquer c'est sans doutes ça le respect.

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  9. Très bon article, analyse, je pense, très juste du problème. En tant que française d'origine indienne effectuant son premier séjour, de plusieurs mois, en Inde, je m'étonne tous les jours de l'ambivalence des relations humaines ici, et lire enfin un article de qualité sur le sujet de la sexualité dans le pays est aussi rare qu'appréciable!

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  10. "Que tout change pour que rien ne change". Cette phrase mon cerveau la rapproche de ce cher "same same but different" propre à l'Inde.

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  11. Bravo pour ce post Chouyo.Mister India et moi avons consacré quelques soirées a discuter à propos de ce qui se passe en Inde.Il était vraiment en colère et conscient que ce sont les fondements de la société indienne qui sont pourries.Nous tombions d'accord sur le fait que c'est dès le plus jeune age que l'idée d'égalité et de respect envers les autres se joue et que c'estl'éducation (à l'école ,en famille)qui est responsable de l'état des mentalité des indiens.LOrs d'un de nos séjours chez mes beaux parents à Dharamsala ,un matin nous entendions dans une maison en contrebas une dispute très violente,en réalité un garçon de 16 ans avait violé la veille une petite voisine (de 5ans),la police est intervenue tout le quartier était en train de le lyncher.Quand Mister India est reparti dernièrement pour voir ses parents,il a été étonné de voir ce type dehors ,parlant avec les gens du quartier avec ses voisins.Un accord avait été trouvé entre les familles,à coup de roupies bien sur...La banalisation des violences en Inde est terrifiante,et elle se monnaye...et aucun village,état,famille n'est épargné,c'est vrai.De ce coté -là tout est à construire,et comme le disait Mister India "tant que les fondations resteront les memes,tout ce qui sera fait dessus sera pourri".Lorsque l'on s'est coltiné un peu le pays,il est vrai que l'on peut penser que le viol (entre autres)a encore de beaux jours devant lui.Mais meme si c'est une toute petite poignée qui a ouvert les yeux,je me dis qu'il reste de l'espoir,mais c'est pas pour tout de suite...

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  12. Bonjour et merci pour cet article, le premier article intéressant que je lis sur la sexualité en Inde.
    Je suis arrivé en Inde il y deux mois. Je vis désormais à Delhi, et mes amis et connaissance sont majoritairement indiens.
    Ayant une formation de thérapeute, je me suis rapidement retrouvé confronté au poids de la famille et des secrets de famille.
    Et je commence à me dire que la société indienne est structurée par l'abus sexuel, qu'une énorme majorité d'indiens ont vécu des abus sexuels lors de leur enfance et que cela explique beaucoup de choses, si ce n'est pas tout, sur le fonctionnement de la société indienne, sur le poids de la famille.
    Ce qui me semble certain, c'est que rien ne changera suite à cette histoire de viol, parce que le viol en Inde commence au sein de la cellule familiale, et que personne ne veut aller voir la dedans.

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  13. India is extremely diverse.

    What you mention about abuse happens mainly in NORTH INDIA ( particularly Uttar Pradesh , Bihar, Rajesthan , Madyapradesh )
    where the Literacy rate is very very low around 40%

    Lot of issues happen in India because of uneducated hindi and bihari speakers....<<<

    Visit South India.. see how women are well respected ...

    India is extremely diverse, it is a real continent, and if you have been to the North, you cannot not make your way around Southern India, too… it is a different world.

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  14. L'Inde est extrêmement diversifiée.

    Qu'est-ce que vous mentionnez sur la violence se produit principalement en Inde du Nord (en particulier l'Uttar Pradesh, le Bihar, Rajesthan, Madyapradesh)
    où le taux d'alphabétisation est très très faible d'environ 40%

    Tous les vols, les viols sont dus en hindi incultes et haut-parleurs Bihari ....

    Visitez Inde du Sud .. voir comment les femmes sont bien respectées ...

    L'Inde est extrêmement diversifiée, il est un véritable continent, et si vous avez été dans le Nord, vous ne pouvez pas ne pas vous rendre dans le Sud de l'Inde, trop ... c'est un monde différent.

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  15. http://timesofindia.indiatimes.com/india/Raj-Thackeray-blames-Bihari-migrants-for-Delhi-gangrape-case/articleshow/17910929.cms

    dated 7-JAN-2013

    MUMBAI: Maharashtra Navnirman Sena chef Raj Thackeray a blâmé «Bihari« migrants de la récente affaire de viol d'une jeune fille à New Delhi.

    "Tout parlons de la gangrape Delhi, mais personne ne demande d'où ces hommes sont venus. Personne ne se demande qui a fait ça. Donc de nombreux cas sont giflé contre moi (pour parler contre Biharis) mais personne ne parle du fait que tous les ces violeurs sont de Bihar, "at-il dit, s'adressant à une fonction publique à Goregaon banlieue la nuit dernière.
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    HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)
  16. Merci Chouyo pour cet article que je me suis permis de partager sur notre groupe Indiasporas avec l'aide d'un ami Joël Toussaint de L'Ile Maurice.

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  17. Merci pour cet article que, moi aussi, je partage dans ma Revue de blogs de samedi (05.01) dans un paragraphe sur le sujet ; sujet que je relais depuis quelques jours... Ce que vous rappelez, ici, met bien les choses en perspective.

    HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)
  18. Ca donne à réfléchir sur la situation en Inde tout ça, mais aussi à se détacher de la vision étriquée de beaucoup des journaux qui ont relaté les faits. Entre ce pavé inspiré et les trois lignes sur les manifestations, dans la presse, il y à un fossé.

    J'ai aucune expérience de l'Inde, donc je peux seulement en parler de loin,mais je rejoins ton avis sur la nécessité de mettre en place une éducation sexuelle là-bas, dès le plus jeune âge. Primaire, voire même avant. Après, dans les faits, une telle initiative n'à que trop peu de chances d'aboutir. Si j'en crois ton article, la sexualité là-bas est dans un piètre état, et ce depuis longtemps. Changer les mentalités des enfants, d'accord, mais aussi faut-il que la société toute entière en aie envie, et à en juger le style de vie des 3/4 de la population, il y à du chemin à faire dans plein d'autres domaines...

    Et MERCI, cet article est une vraie claque, on sent vraiment l'expérience du terrain.

    HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)
  19. je suis entièrement d'accord avec Raman, Bombay, Delhi ne représentent pas toute l'Inde, c'est vrai qu'il y a des abus, mais bien moins dans le sud de l'Inde, J'y ai circulé de nombreuse fois seule sans aucun geste déplacé au contraire, par contre pour la première fois, je suis allée dans le nord cette année, et je dois dire que je ne me sentais pas en sécurité, contrairement au sud.

    Après, oui je suis aussi d'accord avec Chouyo, quand on sait aujourd'hui, que bon nombre de femme arrivent dans la couche nuptiale le soir de leur noce sans savoir ce qui les attend c'est un peu traumatisant à mon sens, donc l'éducation sexuelle aurait du bon.

    pour ce qui est du corps, je pense que nous occidentaux qui nous offusquons d'une merde de chien, nous pourrions prendre exemple sur les indiens qui n'ont aucun problème sur le fait que notre corps, aussi beau soit-il, produit aussi de la merde!

    HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)
    • Ce qui me dérange dans les propos de Raman,c'est le "de nombreux viols sont le fait de hindustanis no éduqués et de Biharis",franchement raciste!De plus sa source provient du Maharashtra Navnirman Sena,ce qui n'est vraiment pas bon signe...
      Les violences sexuelles sont un véritables fléau NATIONAL (tou comme l'alcoolisme) cela touche TOUTES les classes sociales dans TOUS les coins et recoins de l'Inde.

      HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)
  20. Merci à TELERAMA n° 3290 du 2 au 8 février 2013 (page 15) de m'avoir fait découvrir votre blog !
    Puissiez-vous être nombreuses et nombreux à vous passionner et vous investir pour une cause solidaire.......
    Mais comment expliquer qu'autant de femmes (et d'hommes !)puissent encore hésiter à mettre en adéquation leur vote (en démocratie !) avec leur capacité à s'indigner ?
    Le changement....C'est pas pour maintenant !

    HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)
  21. à mon tour de remercier Télèrama pour m'avoir fait découvrir votre site. J'ai eu le privilège l'année dernière d'aller monter un film en Inde: une première fiction d'une histoire malheureusement vraie autour de la prostitution enfantine en Inde...c'est un énorme fléau dont le commerce dépasse largement le budget de l'éducation nationale (dixit les producteurs du film)...et quel n'a pas été mon étonnement de découvrir qu'il ne s'agissait pas de tourisme sexuel dont l'occident peut être coutumier dans certains pays mais de "consommation" purement indienne et concernant toutes les classes sociales...

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  22. Merci à Télérama de m'avoir fait découvrir ce blog si sympathique, intelligent, ouvert et vraiment qui vaut le coup !

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