Le goût délicieux de la honte…

Escapade

Plus jeune, je me souviens avoir été titillée par le slogan publicitaire d’une marque de desserts, « c’est bon la honte… ». Et je m’interrogeai : je connaissais le goût désagréable de l’embarras et de la culpabilité, mais n’avais jamais savouré les délices de la honte.

Jusqu’à une escapade coquine un jour. [Et là, tu tombes des nues, toi qui me croyais innocente et jeune et dénuée de tout vice…]

Un jour (et vu ce que je vais te raconter, tu peux être certain que ce n’était pas une nuit : ce qui est bien dommage car cela aurait facilité les choses), je me suis retrouvée à rejoindre un Amant quelque part en France. OUI MÔA. Ayant balayé d’un revers de sa main puissante toute destination undergroundposttapocalyptique (Leeds, Zurich, Milan, Ankara…), il m’avait dit « soyons fous, retrouvons-nous à ***** ».

Disons Bourg-la-Moufette. Ou Trousse-la-Gaillarde.

Une petite cité charmante que je ne connaissais pas, où chaque pavé chante les siècles d’histoire et les remparts et rues tortueuses fleurent bon le Moyen Âge, où les visiteurs venus pour la détente vino-franchouillarde y trouvent un plaisir non feint : la destination romantique et familiale par excellence donc, à petite échelle, avec de quoi voir et goûter. Et nous avions conçu notre emploi du temps en conséquence, pour l’essentiel du miam, du glou et du haaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan (si tu as moins de 18 ans, fais juste semblant de ne pas comprendre).

Le problème, c’est que nous n’avions que quelques heures pour tout ça, et notamment les câlins de retrouvailles. Il fallait un hôtel proche du centre, qui ne fasse pas trop nuit-pas-chère-sur-l’autoroute et en épluchant soigneusement la courte liste d’hôtels de la ville, j’avais exclu les dortoirs (ouiiii…), les hôtels de luxe et les pensions de 4 chambres (la proximité avec la réception nuisant souvent à l’intimité…) tout en déplorant l’absence de day-use (Paris et Lyon sont plus habituées aux chambres de jour… ahem…). J’ai fini par jeter (ma gourme) et mon dévolu sur une adresse parfaite pour nos ébats : ni trop petit, ni trop cher, bien situé. Et partant du principe qu’il y avait peu de chance qu’il propose l’usage galipetto-ponctuel, je ne précisai rien lors de la réservation…

Accueil sympathique, chambre payée, clef en main, nous sautillâmes jusqu’à la chambre en tâchant de retenir nos lèvres et nos mains… C’est évidemment le moment que choisit la femme de ménage pour s’affairer dans les chambres voisines de la nôtre, en plein après-midi. Sans nous formaliser et pour couvrir l’éventuelle expression vocale de nos émois, nous allumâmes la télévision, optant aux dépens de France 5 et du Renard pour Les 100 Dalmatiens

**** Laissons tomber un voile de pudeur sur cette scène impliquant à la fois une Moufette, un Amant et des Dalmatiens ****

*** Aucun animal n’a souffert toutefois ***

Fin de l’après-midi câline, cheveux ébourriffés soigneusement recoiffés, jeans reboutonnés avec soin, remaquillage (de la Moufette, l’Amant n’en ayant pas besoin), et les Dalmatiens cadenassés derrière l’écran noir, j’arborai sur mon visage le calme et la distinction en descendant à la réception rendre les clefs : je puisai mon assurance dans la conviction que nous-avions-payé-nous-étions-majeurs-nous-étions-ô-combien-consentants. Mais elle restait pourtant grignotée par un rien de ça-ne-se-fait-pas, ce-n’est-pas-un-hôtel-de-passe.

Je m’avance vers la réceptionniste qui, par le plus grand des miracles, est au téléphone et dépose furtivement la clef sur le comptoir avant de m’esquiver en catimini après un signe de tête entendu, du genre « merci et à bientôt ! ». Soupir de soulagement et… elle me hèle bien fort devant une autre cliente :

– Non, non, attendez, gardez la clef !

[Mais euuuuuuuuh, j’y étais presque !!! Pourquoaaaaaaa ??? Maîtrisons-nous. Se retourner, arborer un gentil sourire.]

– Non, non, c’est bon ! Merci beaucoup ! » [Se carapater prestement.]

– Madame, madame, gardez la clef, vous l’utiliserez pour rentrer ce soir !

[Mais pourquoi insiste-t-elleeeeeeeuh !!!]

– Non ça ira. Nous ne reviendrons pas ce soir.

Et la voilà tétanisée et estomaquée. J’étais évidemment tombée sur la seule réceptionniste du monde entier qui n’avait pas envisagé que ce couple-tout-sautillant-sans-sac-de-voyage n’avait choisi son hôtel que pour se rouler dans les draps et le stupre sous le regard des 101 Dalmatiens. Et ça tombait sur moi, qui atteins la couleur pivoine en quelques secondes. Je retins ma respiration, mes explications oiseuses et la bouffée d’embarras, je dodelinai comme si tout allait de soi, me retournai sans demander mon reste…

… pour constater que l’Amant avait déjà depuis longtemps pris la poudre d’escampette. Il m’attendait dans la rue comme un adolescent, en peu en retrait, le rouge aux joues. Le froid, bien sûr.

J’ai découvert ce jour-là ce goût délicieux de la honte dont parlait la publicité de mon enfance… L’impression d’être la petite fille barbouillée de la réglisse qu’elle a dérobée dans le pot au-dessus de l’armoire, d’être la jeune fille qui revient le soutien-gorge mal agrafé, d’être la jeune femme qui a volé un baiser à celui qui était défendu.

Et, alors que je m’étais figuré la scène d’une adulte-et-son-Amant assumant tête haute leur escapade hôtelière, ce sont deux gamins qui sont repartis rougissants et riant dans les rues de la ville…


HIIIIIIIIIIIII !!!(1)Boah...(0)

4 commentaires

  1. Intéressant récit ayant pour cadre un joli Bourre. Euh, bourg, pardon. Alors effectivement, je suis choquée, je vais brûler un cierge tout de suite 😀

    HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)

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