Atarax Soldier

Un jour, j’ai fait un bad trip.

Londres British Museum

« Cradle to Grave », 2003. Oeuvre de Pharmacopoeia exposée au British Museum,

et retraçant la consommation de médicaments en une vie en Grande-Bretagne.

Et ce bad trip a duré trois jours… non, non, pas besoin d’aller me repêcher dans les soirées jetset talons-vertigineux-nez-poudré ou de chercher dans mon sang les indices d’une addiction autre que celle au chocolat : je suis tout bonnement très réceptive aux médicaments.

Comme tout le monde, j’ai eu au détour d’une douleur dentaire ou de dos l’occasion d’expérimenter quelques préparations un peu plus fortes, pour lesquelles mes réactions ont à peu près toutes été de la même teneur :

Prontalgine : c’est la ouate qu’elle génère… et toute une soirée à écarquiller les yeux pour rassembler en un même être Christian Clavier et Napoléon, hautement improbable, sans avoir la force ou la volonté de changer de chaîne, encore plus hautement improbable. [A tenter devant le prochain film français au titre à rallonge.] Quart-de-Lexomil : prescrit par un médecin expéditif pour mieux dormir (j’étais jeune, je lui ai fait confiance…), ce fut l’occasion après une nuit de 15 heures d’un matin innommable où, telle Rocky après un combat, je ne parvenais pas à repousser le matelas pour me lever. [Plus jamais.] Efferalgan codéiné : waaaaaaa ça taaaaaaaangue… Tramadol : j’ai du y recourir ces derniers mois, et là ce fut « Haaaaan non seulement ça tangue mais en plus on coule, non ? Ohhhh, là, dans la brume !, il n’y aurait pas un couloir avec une lumière au fond ? ». [Plus jamais again.]

Mais tout ceci n’est qu’effets secondaires banals et habituels, bien précisés dans la notice.

Rien à voir donc avec ce que j’ai expérimenté récemment. [Eloignez les enfants et les lapins nains de l’écran.]

Devant subir l’opération dont je parlais ici, les nuits précédentes ont été envahies de cauchemars très réalistes : je cogitais donc bien plus que je ne voulais le laisser paraître. J’en veux pour preuve ce rêve, où je me fais un claquage au mollet [c’est étrange mais pourquoi pas], et rêve que ledit muscle descend jusqu’à la plante des pieds [euh ?] pour y former une boule [euh ???]. Mais surtout, je sais pertinemment que cette boule est UNE EMBOLIE PULMONAIRE [… … … ah quand même… … …], et qu’à l’hôpital où j’arrive fort opportunément, hôpital en construction [le détail qui tue !], les pompiers refusent de me soigner car ils partent déjeuner et acceptent seulement de me faire une attelle à base de planches de cagettes [re-le détail qui tue] en me laissant errer ensuite dans un quartier de coiffeurs sud-coréens…

Et bien je peux affirmer haut et fort, et sans craindre de trop m’avancer, qu’il y a là un chouïa d’angoisse pré-opératoire.

Je me suis donc vue prescrire de quoi dormir les nuits précédant l’opération : de l’Atarax.

Quelle erreur… quelle erreur…

Il y eut la réaction prévue : des nuits lourdes suivies d’un brouillard cotonneux toute la journée (j’ai donc réduit d’un comprimé à un quart, mais obtenu le même effet malheureusement…). Et il y eu la réaction inattendue : durant trois jours, j’ai eu du reggae dans la tête. Et je précise : une seule et unique chanson de reggae. « Buffalo Soldier », en continu, trois jours entiers.

Je vous promets. Et ne riez pas : ce fut l’enfer.

J’ai tenté d’exorciser la chose : ignorer la chanson, la fredonner, l’écouter une fois, l’écouter plus fort, la chanter une bonne fois pour toutes, la passer à #LuiCEstCuir, en parler autour de moi, rien n’y a fait. Le pis est que je ne connais pas plus cette chanson que ça, et je reste bloquée sur les deux premières phrases.

Quand l’infirmière, le soir précédant l’opération, est arrivée en me tendant DEUX comprimés d’Atarax, je l’ai regardée terrifiée. Je lui ai raconté mon histoire. Elle a haussé un sourcil, m’a regardé bizarrement mais sa profonde compassion humaine a pris le dessus et elle m’a dit que, tout bien considéré, un seul comprimé suffirait largement.

Depuis…

« Buffalo soldier… dreadlock rasta…

… There was a buffalo soldier… in the heart of America… »

Note : j’ai vérifié. Il n’y a rien sur cet effet secondaire dans la notice.

Note 2 : et ceci signe ma deuxième participation de la saison à la Radio des Blogueurs, par la même occasion ultime tentative d’exorcisme musical…

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6 commentaires

  1. Ah ah ah, merci pour la contamination.
    J'ai déjà fait des réactions à des médocs (genre j'ai dormi TRES TRES longtemps après la prise d'un antihistaminique et je n'ai ai jamais repris depuis, en même temps c'est les mêmes composants que...l'atarax, tiens tiens)
    Par contre justement l'atarax, j'en ai "consommé" plusieurs fois (avant opérations et autres raisons) et non jamais je n'ai eu ça, quelle chance j'ai envie de dire !!
    Je me souviens par contre avoir fait des rêves hyper bizarres et tellement réalistes (j'adore ton histoire d'attelles en cagettes d'ailleurs)...

    HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)
  2. (moi, dans les salles d'op' je me la pète en déclarant sous anesthésiant au moment où le chirurgien allume son machin-à-charcuter électronique : "Oh, un accord de mi bémol majeur !")

    HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)

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