Une Prof vernie (version à paillettes)

[Ce billet fait suite au précédent.]

[Ce qui est somme toute assez logique…]

Alphabet

Il fallait bien que ceux qui me connaissent au quotidien s’emparent de mon livre.

Ma famille, mes amis, mes collègues et mes élèves.

J’ai distribué aux premiers quelques exemplaires, j’en ai laissé trois dans mon établissement, et je me suis trouvée à hésiter : ne voulant pas trop en faire tout en rendant disponible, ne pas être dans l’affichage tout en ne cachant pas… Je n’en ai donc pas laissé spécifiquement en salle des profs (c’est la Vie scolaire je crois qui s’est emparé de l’exemplaire pour tous).

Ma famille et certains amis l’ont lu immédiatement, certains d’une traite d’autres lentement ; d’autres le liront plus tard. Des collègues l’ont acheté à la publication et lu dans la foulée, d’autres m’ont dit le lire bientôt, durant ces vacances peut-être. Il y a des gens qui m’ont retrouvée. Amis perdus de vue, collègues d’études, et même deux institutrices de mes jeunes années ! Autant de messages inattendus et émouvants qui trouvent dans mon livre ce qu’ils se rappellent de moi.

Je le sais depuis longtemps : on écrit, on publie et on verra ce que les lecteurs en font.

Ce qui m’a touchée, c’est l’émotion réelle de certains collègues à voir l’établissement au 20h. Notre collège, nos salles de classe, notre lieu quotidien. Il y a eu des clins d’oeil, « Franchement, le format des chapitres courts, c’est idéal pour moi, jeune maman« , les « Mais comment j’ai tellement l’impression de t’entendre parler !« , « Tu m’as redonné l’enthousiasme« . Il n’y a pas eu de sarcasmes, seulement un « Ah mais moi, j’en aurais autant et bien plus à raconter ! » auquel j’ai souri en gardant par devers moi la réponse « Et bien, qu’est-ce que tu attends ? Ecris et fais-toi publier.« . Deux ou trois aussi ont ostensiblement fait semblant de rien : ce qui entre nous s’est avéré tout à fait délicieux. [Je me permets ce petit ricanement.]

Paris Fresque

Mais il y a eu surtout les élèves.

C’est par l’intermédiaire de la télévision qu’ils ont appris la chose : dès la rentrée, deux 6èmes avec de grands yeux et la tête timidement baissée de m’assener d’un ton affirmatif « Vous êtes passée à la télé. » Le ton comme la réalité ne souffrant aucune contradiction, je réponds que c’est bien le cas, et les deux bambinettes de repartir aussi sec. OK.

Les jours suivants, et les semaines suivantes au gré des vidéos qui resurgissent sur les réseaux sociaux, jaillirent les « Madame vous êtes passée à la télé !!!« , « Madaaaaame je vous ai vue !!!« , « MADAME, vous êtes célèbre !« . J’en ris, et je rappelle au passage d’un ton mystérieux qu’il y a aussi la radio, les journaux et revues… histoire qu’ils aillent farfouiller ces médias aussi.

Les parents n’ont pas manqué à l’appel, des félicitations et des « Vous passez bien à la télé« , mais aussi des dialogues irréels :

– Hmmm… quand même… ça me fait drôle de vous voir là, autour d’une table pour parler du bulletin…

– Ah ? Euh ?

– Oui… la dernière fois que je vous ai vue… c’était à la télé !

Une élève m’a demandé une dédicace, d’autres se sont plaint du prix trop élevé [j’ai suggéré un achat collectif], d’anciens élèves croisés dans le bus me lancent « Waaaaa, vous êtes une star ! » :

OUI C’EST LA GLOIRITUDE !!!

Mais dans tout cela, je décèle autre chose : mes élèves n’ont pas lu mon livre, souvent ils ne savent même pas pourquoi je suis passée à la télévision. L’excitation de me reconnaître primant sur le contenu, la plupart sont allés le crier sur les toits et les réseaux sociaux sans prendre le temps d’écouter ce que je racontais : habitude d’élève et comportement relativement raisonnable entre 11 et 14 ans… Là-dedans, ce n’est pas l’admiration pour ma personne qui compte [et c’est bien dommage : j’ai un kit « Le culte du prof divinisé » à tester !] mais une prise de conscience :

… si ma prof passe à la télé, c’est que ce monde-là n’est pas si éloigné. Ce monde policé, pailleté, est accessible. Et ce monde-là s’est soudain mis à parler du mien, de mon collège, de Garges-lès-Gonesse, pas comme une banlieue en crise avec ses faits divers dramatiques, mais avec ma prof. Qui est réelle, à bouclettes, à qui j’ai accès, à qui je peux parler et qui me répond, qui me regarde et me connais…

Paris Fresque 2

Et ce sont les mots de Pierre qui racontent sans doute le mieux ces instants.

Course poursuite dans le couloir, des cris, moi les bras chargées de choses et d’autres (de thermos de café et de copies), et Pierre se jette presque sur moi :

– Madame !!! Vous êtes passée à la télé !!!

– Ouiiiiii Pierre. Mais ce n’est pas une raison pour parler aussi fort et faire autant de bruit, non ?

– Oui, oui, désolé, oui, mais… c’est parce que vous avez écrit un livre, c’est ça ?

– Oui, tout à fait.

– Mais un vrai livre ? Avec des pages et tout et tout ?

– Oui… un livre !

– … [Air soudain sérieux, le dos roidi par la solennité de l’instant.] Madame. Je suis TROP fier de vous.

Renversement.

La prof et l’élève oui, mais aussi ces aller-retours auxquels on ne s’attend pas. Moi la prof, complimentée et encouragée par un élève.

L’émotion qui se cache dans ces sourires et ces mots parfois criés trop fort, parfois pas très cohérents mais toujours sincères.

Les Pikachus.

Paris Fresque 3

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2 commentaires

  1. Bonjour,

    Je viens de chercher les fameuses vidéos de vous, enfin! Je peux mettre un visage sur cette auteur que je suis depuis un moment maintenant!
    Merci pour ces témoignages, merci pour ces partages, et peut-être cela sonnera-t-il bizarre, mais moi aussi je suis fière de vous, fière de vous lire.

    Et aujourd'hui j'ai 22 ans, mais j'aurais aimé avoir une prof d'histoire-géo comme vous

    HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)

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