Mimétisme

Rare photo d’une Chouyo dans son milieu naturel, entourée de ses élèves…

(Et sinon, cette magnifique collection est visible au Musée du Jouet de Colmar !)

 

C’est une anecdote que j’aime beaucoup raconter.

Il y a quelques mois, j’avais organisé avec des élèves un débat en EMC [l’Education morale et civique, si mal nommée et qui, si elle a parfois des contenus proches de l’ancienne éducation civique, suit une méthode qui demande de revoir assez fondamentalement ses approches. J’ai mis du temps à trouver ce que je pouvais en faire, et comme maintenant cela roule, cela devrait logiquement être réformé l’an prochain…]. Le sujet était en lien avec l’actualité (sécurité ou libertés, avec comme étude de cas la question des caméras de surveillance) : opinions des élèves recueillies à chaud le sujet à peine évoqué, lectures de documents, exposition d’avis reliés désormais à des arguments, confrontation à ce qu’en disent les lois et la Constitution, avis de plus en plus argumentés, et BINGO LE GRAND DEBAT DU JEUDI MATIN !

Voici donc les Pikachus en train d’organiser la classe. Les chaises des débatteurs ici et là, celles des élèves-public ici, celle du président de séance là, je tire au sort les 12 débatteurs, pour et contre le sujet reformulé (le but n’est pas d’arriver à un avis commun et final mais que les élèves tirés au sort soient capables de s’exprimer en public en exposant un avis argumenté, documenté, et de s’écouter les uns les autres). Le débat commence : les débatteurs sont vraiment impliqués, ils ont bien intégré les règles du débat, le président de séance est fantastique de cordialité et d’autorité. Je suis impressionnée. Le débat finit. Et je prends soudain conscience d’une chose…

Je félicite les élèves sur la qualité du débat, souligne le travail encore nécessaire pour affiner le contenu, remercie les débatteurs, le président de séance mais aussi les élèves-public qui ont joué le jeu et… je leur dis que la seule véritable critique que je dois faire est à mon égard.

Je ne suis pas parvenue à me taire.

Il a fallu tout au long du débat que je félicite une élève d’habitude timide qui a pris la parole, que je rie à un bon mot du président de séance, que je motive les élèves pour qu’ils développent leurs arguments… La prof, la vraie. Notre parole est nécessaire mais aussi trop présente dans la classe, nous avons tendance à remplir les vides, à les anticiper, à combler… même quand la parole est aux élèves [comptons le nombre de fois où nous posons une question sans laisser un réel temps de réflexion aux élèves pour formuler leur réponse…].

– « … et je ne suis pas parvenue à ne pas intervenir. Et ça, c’est quelque chose sur lequel je dois progresser : vous laisser débattre de manière autonome. »

C’est à ce moment-là qu’Ahmadou, affairé avec les autres élèves à ranger la classe pendant mon débriefing, s’est approché et a pris la parole. Levant la tête vers moi, il a plissé les yeux, souri avec confiance et m’a dit :

– « Ne vous inquiétez pas Madame. Cela prendra peut-être du temps… mais vous allez y arriver, j’en suis sûr… ».

Bande de Pikachus, va…

HIIIIIIIIIIIII !!!(1)Boah...(0)

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