Où je continue le sport… indien.

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Mince sans avoir perdu ses formes, galbée et ferme sans être maigrichonne.

C’est encore tout moi, dis donc !

Je disais donc… Le sport en Inde est une suite d’épreuves. Morales essentiellement.

Tu te souviens que je m’étais étonnée du manque de tonicité, de compétence et d’attention aux effets de la pratique sportive de mes coachs lors des deux premières séances ? J’avais alors décidé de dynamiser un peu tout ça. Par un beau matin (la mousson est finie), me voici arrivée à la salle de sport pour la troisième séance. Forte de cette première impression, poussant la porte, je décide alors de me comporter en… Indienne.

Cela te paraît dingue ? Empli de préjugés ? Désolée : ce sont des postjugés, c’est du vécu chaque jour dans les magasins, dans les rues, dans les restaurants. J’ai constaté depuis presque un an qu’en Inde, personne n’hésite à taper du poing, à exprimer ouvertement et fortement son désaccord et son mécontentement, voire à en venir aux mains. Perdre la face ? Rien à faire, et encore moins quand il s’agit de subordonnés et de castes inférieures. La non-violence ? Laisse-moi me gausser et hurler de rire. Et j’ai bien dit « En Inde » : cela ne se limite donc pas aux Indiens. Je répugne absolument à me comporter comme ça, mais parfois la frustration et l’agacement sont tels que…

Je décide donc d’arriver hautaine et froide et mécontente. La raison ? Comme celle de tous ceux qui haussent la voix ici : parce que j’ai les moyens de me payer cette salle de sport. Logique. Grogne niveau 2/10, de base donc.

Personne ne répond à mes salutations : grogne niveau 4/10.

De ce fait, tactique développée lors des séances suivantes : je continue à dire bonjour et au revoir en rentrant dans les vestiaires. Une première fois à voix normale. Et n’obtenant pas de réponse, une deuxième fois d’une voix tonitruante. Deux personnes m’ont répondu la dernière fois, j’espère bien augmenter mon score…

Je m’aperçois ensuite qu’il n’y a plus de casier pour entreposer mes affaires (de nature conciliante, j’aurais trouvé une solution moi-même, mais non : ceci est un test en laboratoire…). Grogne niveau 6/10. Je tape un mini-scandale : « Koâ ??? Comment se fait-il ? Je ne suis pas satisfaite du tout ! Si c’est comme ça, je dirai à mon chauffeur la prochaine fois de venir m’attendre en portant mon sac, c’est intoléraaaaaable ». Autour de moi, immédiatement, on dodeline, on m’écoute, on court de casier en casier pour trouver une solution. En mon for intérieur, je suis extrêmement déçue : ça marche…

Arrivée dans la salle de gym, la coach peu dynamique me montre une machine d’un air endormi, machine qui je le vois bien va me faire mal au cou. Grogne niveau 8/10. Je lui rétorque immédiatement : « Vous avez lu ma fiche ? Ou bien ne l’avez-vous pas trouvée à nouveau, comme la dernière fois ? Non, parce que j’y ai noté que j’ai un problème de cou qui n’a pas été pris en compte lors de la dernière séance, et j’ai eu mal… Alors si vous me demandez des détails médicaux dont vous ne tenez même pas compte, on va en rester là ! ». Immédiatement, une autre coach sympathique ET souriante (!) prend le relais. Elle se révèle en plus plutôt compétente. En mon fort intérieur, je hurle.

Je n’ai heureusement pas eu à atteindre le niveau 10/10 pour confirmer qu’il faut donc crier, non pour se faire respecter (je ne suis pas si bête), mais pour obtenir ce que l’on croit être en droit d’attendre. Il faut devenir peau de vache, exigeant voire insultant envers des personnes qui n’y peuvent rien si le management et la formation sont particulièrement minables. C’est fort agaçant, c’est méprisable et dévalorisant, et de plus malgré les colères, tout se répètera de la même manière chaque jour. Que faire…

Tout le défi indien

est justement de ne pas se laisser

envahir par ce phénomène.

J’ai donc expérimenté une autre tactique la séance suivante. Obliger les gens à devenir compétents tout en restant aimable et souriante ( « réflexion de prof  » ? Va jouer dans le mixer…).


Note : bientôt, sur un sujet proche, je te parle du livre Fous de l’Inde de Régis Airault. Tu y découvriras bien des explications sur le comportement des étrangers, et notamment des Français, en Inde.



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17 commentaires

  1. Le défi indien ressemble étrangement au défi angevin ...
    Obliger les gens à devenir compétents tout en restant aimable et souriant ? C' est un vrai challenge petite moufette ! C' est aussi un travail à plein temps .
    J' ai du mal à rester zen ...

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    • @ Frannso : le défi angevin ? Raconte !
      Oui, un travail à plein temps, ça c'est clair ! Et je m'énerve facilement aussi, je t'avoue...

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  2. "Obliger les gens à devenir compétents tout en restant aimable et souriante"... Laisse tomber!
    C'était aussi mon moto en arrivant ici, je REFUSAIS de croire qu'un sourire et l'amabilité ne pouvaient pas m'ouvrir toutes les portes et m'obtenir tout ce que je voulais. Je regardais horrifiée les expats ici depuis plus longtemps qui prennaient vraiment les gens de haut. Meuuuuh non, allez, je suis sûre que les gens seront trop contents qu'on leur parle avec respect... Ca va marcher, c'est sûr!
    Ouais, ben mes fesses c'est du murg, hein, et depuis que je suis arrivée à Bombay je suis devenue une harpie professionnelle et je suis désormais capable de pousser des gueulantes et des colères à faire ramper un management indien.
    Et c'est bien malheureux!!!!

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    • @ Blog : woaf, tu sais, je m'énerve aussi beaucoup... Mais cette méthode, d'être aimable et souriante (mais très ferme en même temps) marche en tout cas à la salle de sport... à suivre...
      Tout est dans la cause de la colère, pas la colère elle-même. Devenir désagréable et colérique pour un taxiwalla qui cherche à t'avoir à minuit alors que tu connais parfaitement le prix, et qu'il devrait voir à la manière dont tu te comportes que tu vis ici, ça met en rage, et ça je suis absolument d'accord : je peux devenir très désagréable aussi...
      Ensuite, devenir pourpre de colère et taper un scandale parce que les gnocchi que l'on a commandés sont arrivés après une demi-heure et qu'ils ne sont pas comme on les a mangés la dernière fois à San Gimignano, ou que le paneer kholapuri n'est pas comme chez maman à Kholapur, là tu vois je trouve qu'on peut l'éviter.
      Je ne pense pas en revanche que les gens ici soient contents qu'on leur parle avec respect : d'une part, ils sont tellement habitués à ne pas être respectés, qu'ils ne voient pas la différence j'ai l'impression, d'autre part ils ont bien d'autres choses bien plus importantes à faire que de savoir s'il y a ou non du respect quand on leur parle.

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  3. Et ça a marché, cette nouvelle technique ?

    Tu sais, il n'y a pas qu'en Inde que les choses fonctionnent comme ça. Chez Oualter aussi... J'aurais même tendance à dire que c'est une règle générale...

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    • @ La Blonde : héhéhéhé, oui, en partie.
      Je pense aussi que c'est une règle générale, dans le monde professionnel notamment ; mais en Inde, du fait de certaines difficultés inhérentes au pays, c'est un sport national qui se pratique absolument partout, du matin au soir, dans n'importe quel lieu où tu mettras les pieds tu es presque sûr que quelqu'un va faire un scandale. Et parfois ce sera toi...

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  4. Ca me rappelle ce qui n’est arrivé au bout de deux semaines en Inde du Nord lorsque j’ai pété les plombs en insultant un chauffeur de taxi comme je n'ai jamais insulté personne de ma vie (je passe les détailles du pourquoi mais je précise qu’il le méritait largement...) du coup comme par magie le type s'est subitement transformé en un type adorable…
    Quand on a compris ca, on a abandonné toute politesse, on est devenu hautains, capricieux et on donnait des ordres, l’effet a été immédiat : on a été traité partout avec respect, diligence et courtoisie. Oui je sais c’est immorale… mais ca marche.
    J’admire la maitrise la mouffette. Le Fennec, comme tout animal du désert, peut avoir le sang chaud, surtout si on lui échauffe les oreilles.

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    • @ El Fennec : voilà, même chose. Et le problème est que cela marche, justement ; donc on s'habitue, et l'on finit même par trouver cette attitude normale. Je parviens à me maîtriser parfois (voir la suite... ou aujourd'hui par exemple).
      C'est clair : les oreilles du Fennec sont sensibles, attention !

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    • @ Manu : oui, je crois que ce que l'on prend pour de la nonchalance n'en est pas, c'est effectivement de la passivité. Les choses se feront ou pas, peut-être par un autre ou pas, à quoi bon ? Un autre blogueur de Bombay évoque le "I don't care" généralisé ; je suis absolument d'accord avec lui et j'y ajouter le "à quoi bon ?".
      Pas la chaleur : c'est le cas dans tous les magasins et restaurants, même ceux qui sont frigorifiés (pardon, climatisés).

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    • @ Aude Nectar : gym chinoise ? Du "tai qi quan" ? Si oui, tu vas voir, c'est intense ! Plus c'est lent, plus cela fait travailler de partout, c'est harassant.
      Je pense en tout cas que pour ma capacité à me contrôler, oui, il faut que je choisisse la voie du zen, pas celle de la colère. Pas facile...

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  5. ça me ferait pas de mal le défi indien 🙂 en vérité je manque de patience et j'aime qu'on s'extasie de suite devant mes compétences. Je vais aller faire un stage là-bas je crois 🙂

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  6. j'allais poser la même question que la blonde (dis donc ma blonde, on se ressemble 😉

    Bon si la méthode douce marche c'est qu'il y a de l'espoir.
    Moi les scandales je n'arrive pas à les faire. C'est plus fort que moi (mon côté anglais sans doute).

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