Serre les dents !


Taxi Haji Ali by Chouyo

Je t’ai mis des sous-titres rien que pour toi, alors clique sur la vidéo !

J’essaie souvent d’expliquer l’Inde aux gens. Peine perdue. Les regards insistants, le magma visuel, le bruit, l’apathie, vivre dans un univers fantastique mais aussi fait d’empilements informes, de contraintes permanentes et de dysfonctionnements ne peut se comprendre qu’en l’expérimentant à long terme. Et il y a la fatigue tout simplement de vivre en continu dans un pays dont on ne maîtrise pas tous les codes, où l’on est en permanence en train d’adapter son comportement, ses propos, à ce qui se fait ou ne se fait pas. Où l’on ne peut à aucun moment se reposer sur ses propres référents.

Bien sûr, ce genre de complainte attire irrémédiablement les bonnes âmes moralisatrices qui disent « ce beau pays magnifique qui t’a accueillie à bras ouverts (j’en rigole encore), tu n’as qu’à en partir si tu y es si mal que ça ! ». Marrant, ça me rappelle quelqu’un, l’Inde tu l’aime ou… En tout cas, la critique aussi rapide qu’acerbe dénote à la fois la finesse psychologique, l’intelligence humaine et l’ouverture d’esprit du locuteur…

Parce que l’adaptation, ce n’est pas se balader trois semaines en Inde. Je l’ai fait avant d’y habiter, et l’Inde m’avait paru exceptionnelle et simple. Ce n’est pas passer trois mois de stage dans un pays étranger, je l’ai fait aussi et rien que la simple assurance de partir à une date donnée transforme radicalement la nature de l’expérience et l’impact qu’elle a sur nous.

Non, je te parle d’adaptation. Pour une période inconnue, où deux ans peuvent devenir trois voire quatre ans, voire plus, sans que tu ne saches réellement quand tu partiras. Dans ces cas-là, il faut s’adapter à chaque minute, accepter les frustrations du quotidien qui paraissent minimes en tant que telles mais qui à force de s’empiler deviennent presque consubstantielle de la vie ici (pas de yaourts, de gel douche, ce n’est rien… des coupures d’électricité intempestives, la moisissure qui s’infiltre partout, laver ses légumes et fruits au permanganate de potassium, le trajet qui prend 45 minutes de plus tout à coup, et puis et puis et puis…). L’Inde, à force, t’arrache les tripes et les boyaux pour les replacer dans un ordre que tu ne comprends plus.

Alors j’ai réfléchi. Pour te faire comprendre ça, l’impact physique, réel, ressenti, émotionnel, qu’a sur moi l’Inde, je n’ai trouvé qu’un seul exemple concret.

Depuis quelques mois, je serre les dents. Non, je ne grince pas des dents, je serre les mâchoires. Je les contracte, les obture, les serre à tel point que le dentiste m’a dit « ma chère Moufette, vous êtes en train de créer des fêlures sur toutes vos dents » (et de me proposer immédiatement un éventuel appareil très coûteux, comme d’habitude avec l’excellente médecine indienne qui soigne le symptôme avec de nombreux zéros sur le chèque sans se préoccuper de la cause…).

Stressée ? Angoissée ? Oui, un peu, beaucoup parfois. Parce que je me cherche, parce que je m’inquiète de savoir où je serai demain, si enfin j’aurai un travail, si je parviendrai à réaliser ce que je souhaite pour moi et pour les autres. Rien que de très normal donc. Rien qui je pense ne me fasse devenir une adepte sans conteste du bruxisme.

En revanche… la fatigue de cette adaptation permanente, de mesurer son agacement et sa colère, de prendre sur soi. La fatigue de l’expatriation, et… le bruit. J’ai vécu presque 20 ans dans les Alpes, entre la neige et le silence, entre les forêts et la lumière bleue d’un ciel sans voile. Je suis sans doute plus sensible que d’autres, mais j’ai aussi vécu dix ans à Paris, j’ai vécu à Londres et à Taipei (ville très bruyante) où le bruit de la ville est terrible pour bien des gens. Moi je n’y ai pas vraiment fait attention. Je me suis lovée dans ces villes, j’y ai amadoué le bruit, j’ai fini par l’apprécier à tel point qu’il me manquait dans les montagnes. A 8h le matin, tu entends rouler sur la chaussée les nombreux véhicules, voitures et bus, la ville qui se rend au travail. Tu entends chanter et hurler ceux qui rentrent la nuit éméchés de soirée. Tu entends le métro gronder, l’ascenseur glisser, la voisine du dessus crier et le chat de la famille d’en face miauler.

Tu ne PEUX pas imaginer.

Tu ne peux pas concevoir le bruit indien, l’envahissement qu’il génère, qu’il crée. Le bruit indien est un monstre informe et inconcevable si tu n’as jamais mis le pied en Inde. De mon expérience, seules quelques villes minière du centre de la Chine se rapprochent un peu de ce magma sonore. Une superposition de couches, un millefeuilles de bruits divers qui ne s’annulent pas les uns les autres dans un paysage sonore ouaté, une sorte de brouhahah géant, non ! Chaque bruit est comme amplifié par le voisinage d’un autre bruit.

Les klaxons tonitruants bien évidemment, aucune régularité, aucun moment particulier, juste le bruit strident et prolongé, qui se fait insistant tout à coup chez quelques conducteurs plus pressés que d’autres, répétés par chaque voiture passant devant toi, amplifiés quand le véhicule passe près de toi. Sans interruption aucune de 6h du matin à 2h du matin. Je te laisse imaginer. Même si tu ne peux pas vraiment… je devrais poser une caméra sur pied devant chez moi, une journée entière. Le vrombissement des moteurs de milliers de véhicules, de centaines de milliers dans une ville de presque 20 millions d’habitants, et le grondement des roues sur le mauvais asphalte fait de nids de poules et de défauts. Ma fenêtre de bureau est au rez-de-chaussée à quatre mètres d’une des rues les plus bruyantes de Bombay… Et les corbeaux, en tel nombre que le croassement devient un élément sonore essentiel de l’Inde, partout, à chaque fenêtre. Les travaux par dizaines, partout à nouveau, au-dessus, à côté, en-dessous parfois, scie sauteuse et marteau, grands coups métalliques et marteau-piqueur. Et les cris bien sûr ! Les artisans, rémouleurs et marchands en tout genre, parce qu’il ne faut pas oublier que l’Inde, c’est de l’humain avant tout ! Les cris d’un vague contremaître qui explique à ses ouvriers huit étages plus hauts le pourquoi du comment, et la réponse criée avec autant de sonorité qui s’ensuit. Les vociférations des voisins qui aboient après la voiture, invectivent le livreur, la maid ou le gardien. Les piaillements des enfants-rois à qui on ne dira jamais de baisser d’un ton. Les gens qui s’interpellent dans la rue, menant une conversation sonore en proportionnalité avec la surdité que crée cette ville. A moins que ça ne soit devenu un plaisir.

Alors le léger frottement du balais sur le sol, une maid venue soulever la poussière autour de l’immeuble, devient terrible dans ce concert. Pourtant, on ne devrait pas l’entendre dans ce brouhahah ? Et bien si. Magnifié par le capharnaüm urbain, ce bruit minuscule, humain, contrôlable, concentre en lui l’agacement de tout le reste. Au point que Nane au bout de trois jours chez moi est sortie de sa chambre un matin en me disant « mais elle a fini avec son putain de balais oui ? ». Nane qui, au demeurant, est un modèle de distinction, de discrétion et de mesure. Tu imagines donc…

Alors moi, je serre les dents.

En permanence. Les bonnes âmes charitables et compréhensives qui bien souvent ont fui l’Inde dès qu’elles y ont mis les pieds m’ont dit de prendre sur moi. Ce que je fais. Je prends tellement sur moi que je me détruis l’émail à belles dents. Je me suis rendue compte qu’à Bombay, je me réveille recroquevillée, les poings sous le menton, les dents serrées. Que je m’endors comme ça. Que j’écris à mon ordinateur… dents serrées. Je marche dans la rue… dents serrées. Désormais, parce que je ne cèderai pas à soignons-le-symptome-et-oublions-la-cause, je me contrôle en permanence, je guette ce moment où bruit, stress personnel ou frustrations de l’expatriation, me fera serrer les dents. A chaque fois. C’est presque devenu un jeu. Je peux même prédire en fonction du lieu où je me trouve à quel moment je sentirai mes mâchoires se refermer, les dents se serrer, appuyer, les joues contractées et la pression qui se diffusent dans mes tympans… la fatigue que cela crée.

Les mêmes bonnes âmes me diront « Oh la pauvre Moufette occidentale qui a du mal à s’adapter, mouahahah ! Retourne donc dans ton pays ! ». Et bien, je les emmerde.

Heureusement, il y a un endroit où je ne serre jamais les dents. Je te laisse, je vais nager…


Willingdon Bird by Chouyo

HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)

47 commentaires

  1. Et encore les vidéos ne durent que 10-20s ... il faut se dire que c'est à l'échelle d'une journée que le bruit se subit.

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  2. Pourquoi tu crois que les indiens s evadent dans les alpes suisses des qu ils peuvent? ( en vrai ou au cine) eux non plus ne supportent pas ce bruit incessant, que je soupconne d etre un monstre autonome doue d une intellignece malefique. Alors comment veux tu qu on s y fasse nous?
    Ne garde pas trop la tete sous l eau quand meme, le fond de la piscine peut parfois faire peur a voir.

    HIIIIIIIIIIIII !!!(1)Boah...(0)
    • @ Patricia : tu as absolument raison ! Les Indiens qui peuvent se le permettre fuient le pays régulièrement, les montagnes, Matheran et Suisse effectivement, sinon ce sont les films ultra longs avec un volume sonore qui fait oublier le reste... Nous, nous, on ne s'y fait pas effectivement... on attend (et on serre les dents).
      HIIIII !!! Mais c'est vrai que tu ne sais pas !!! Le fond de la piscine extérieure a été (ressemelée ?) recouverte de vrais carreaux de céramique !!! C'est presque propre, c'est superbe !

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      • Tu veux dire qu il n y a plus de moisi ? Plus ces taches marrons qui nous donnaient vaguement l impression de nager au dessus de rochers ? Faut que j aille voir ca. Commande moi un espresso with milk on the side, j arrive.

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        • dis, je viens de repenser au cri du coucou qui rend fou. La bas, même le chant d'un oiseau rend dingue. et pourtant quand on n'y vit plus on pleure.

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          • Le coucou qui rend fou frappe fort en ce moment et m'empeche de dormir depuis plus d'un mois. Je sens que je vais en dézinguer un dans pas longtemps...!

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          • @ Patricia : il y a un peu d'algues vers les plongeoirs, mais beaucoup moins qu'avant !
            L'espresso est commandé, dépêche-toi, j'ai l'impression de t'attendre depuis un an au moins... 😉
            Ahhhh le coucou qui rend fou... hihihi ! Je ne sais pas si tu l'as eu en sonnerie de téléphone, je me demande où les gens le téléchargent !

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  3. Je suis d'accord avec Shaya: les videos ne suffisent pas pour se rendre compte. En plus, je ne sais pas si elle a ressenti la même chose que moi mais quand on est en vacances et qu'on sait qu'on va retrouver le "calme" parisien dans 15 jours ou 3 semaines, c'est pas pareil, on accepte mieux ce bruit parce qu'on sait que pour nous c'est temporaire.

    Ton histoire de serrage de dents, ça me rappelle quand j'ai arrêté de fumer... Faut que tu trouves un moyen de libérer cet énervement, cette colère qui est en toi bref, faut que tu te défoule: inscrit toi à des cours de boxe ou crie un bon coup régulièrement(genre cri primal, tu vois?) ça fait du bien aussi 🙂

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    • J'ai toujours gardé à l'esprit que c'était temporaire mais je suis très sensible au bruit et à la fin je me contrôlais pour ne pas défoncer à coups de pied la voiture du mec qui venait de me klaxonner dans les oreilles...

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      • @ Shaya : surtout qu'effectivement, les derniers jours étaient particulièrement bruyants ! Il faudra un jour réfléchir à ce sentiment d'envahissement à cause du bruit, les réactions que cela crée...

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    • @ MaO : oui, je pense que la question est surtout l'usure à la longue ! Quand j'ai voyagé en Inde avant d'y habiter, et même au bout de quelques mois voire un an, je ne trouvais pas que le bruit était aussi envahissant ! Mais voilà, le bruit use...
      Oui, c'est exactement ça ! Nager me fait du bien en tout cas, mais parfois j'aimerais bien un punching ball ! 🙂

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  4. Comme je te comprends!!!!Je pense que si je devais vivre a Bombay,j'aurais meme plus de dents,je n'ai jamais aimé vivre en ville,mais alors en Inde,ça m'est carrément impossible!Par chance mister India est originaire de l'Himachal(coté climat c'est le must!)et la ville la plus proche est Dharamshala, qui est tout- a -fait vivable.Lorsque l'on est a Delhi,c'est moi qui le pousse a sortir,la ville le hérisse,moi elle me porte(mais parce que justement je n'y suis jamais restée très longtemps).En gros les bruits citadins (indiens)je ne l'ai connus qu'a petite dose...et c'était déjà bien suffisant.Par contre,les corbeaux,les meutes canines,les temples(a 3h du mat) les ivrognes et le fameux balai plus que matinal et qui en plus ne fait que déplacer la poussière ça je crois qu'on ne peut y échapper.Mister lui,au réveil de sa première nuit française (en plus dans un village de 60 habitants)m' demandé s'il y avait eu une catastrophe nucléaire,pas un bruit pas un chat,le choc!!Puis a croire que l'on s'habitue au silence qui fait mal aux oreilles ,c'est le premier a raler dès qu'il y a du bruit.
    Courage petite moufette!prends soin de toi!!!!
    Psst je connais un super homeopathe en bourgogne 😉

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    • @ Zaneema : oui, si déjà tu n'aimes pas le bruit urbain, alors en Inde... hihihi ! Moins de bruit dans l'Himalaya, ton mari avait déjà une prédisposition pour apprécier le silence mais j'aime beaucoup ce retournement où c'est lui qui râle désormais 😉 Je crois que les vrais citadins ont également du mal à la campagne, les premières nuits, à cause du trop grand calme, je trouve toujours cela très mignon... le changement d'univers sonore se vit dans les deux sens, trop de bruit ou pas assez, hihihi !
      Merci beaucoup 😉 Mais je pense que l'écrire m'a fait déjà du bien, et nager, me défouler me permettent d'évacuer le stress créé 🙂

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    • @ Blogi : merci de confirmer ! Et si tu tues un coucou qui rend fou, n'oublie pas de le congeler, ça nous fera quelque chose pour Noël 😉

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      • c'est celui qui fait un bruit de singe?allez dégommez-les avec des corbeaux,ça vous fera des mises-en -bouche "street masala"

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        • @ Zaneema : mouahahah ! Oui, son cri est un peu un "ouh ouh ouh ouh ouh", on pourrait faire un plat local à base d'oiseaux de Bombay... miam... hihihi 😉

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  5. Après ça les gens qui disent que "l'Inde c'est calme, zen (oui les gens confondent avec le Japon, cherche pas) peace and love etc..." on peut leur casser les dents?

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    • @ Spike : mouahahah ! Oui, ils confondent avec le Japon, c'est exactement ça... le zen hors Japon et temples japonais n'existant pas au sens strict du terme, hinhinhin...
      Ah oui, bonne idée ! Au moins j'en récupère l'émail 😉

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  6. Bordel y a de quoi piquer des crises d'angoisse !! en plus ça conduit à gauche, donc facteur de stress supplémentaire !
    Mais sinon les compteurs des taxis sont dehors?? comme dans les années 60?? ^^

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    • @ M1 : j'avoue que le fait de conduire à gauche ne m'a jamais posé problème (j'y étais habituée avant), et en Inde c'est un peu particulier, tu n'as pas besoin de te demander si tu dois regarder à droite ou à gauche avant de traverser, tu dois regarder partout ! A gauche, à droite, devant, derrière, voire en-dessous et au-dessus 😉
      Absolument ! Il n'y a que quelques taxis modernes qui ont un compteur électronique à l'intérieur, sinon il faut actionner un petit levier à l'extérieur du boîtier 🙂
      L'Inde, conservatoire des pratiques anciennes 😉

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  7. Woa. Namaste Chouyo,

    J'ai uniquement lu cet article sur ton blog, et j'ai pas mal de peine pour toi.
    Je vis en Inde depuis un peu plus d'un an (à Bhubaneswar puis à Delhi depuis 6 mois), et je suis surpris de voir à quel point ce brouhaha urbain t'affecte.
    J'ai été plusieurs fois à Mumbai, et je ne trouve pas ça pire que Delhi niveau sonore.
    Je suis bien d'accord avec le fait que "viens en Inde, c'est un pays zen toussa toussa" c'est du pipo.
    Mais de là à en perdre l'émail de ses dents, je n'ai jamais connu un expat qui le vivait aussi difficilement...

    Pourtant je suis un adepte des transports en commun à Delhi, et en effet, même si on a envie de présenter son index à chaque voiture qui klaxonne "pour rien" dans un embouteillage, ben on peut toujours opter pour l'option MP3 dans les oreilles à défaut.
    En tout cas j'espère que tu vas réussir avec le temps à accepter ce bruit ambiant ou même "l'oublier" petit à petit tant il fait partie intégrante du décor indien.

    Si ton taff t'offre un peu de vacances, profites en, y a beaucoup de superbes destinations 'noise-less' en Inde. Ca pourra surement te 'zenifier' et te ressourcer pour affronter ces nuisances sonores! 😉

    Courage!

    HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)
    • @ Gizmal : merci Gizmal pour ton commentaire, et ta condescendance, elle me ravit !
      Il me semble que dans ta hâte d'épancher ta compassion, tu n'aies pas bien lu. J'émets l'hypothèse que ce bruxisme est du à plusieurs choses et que, oui, effectivement, si tu avais lu un peu plus avant tu aurais su que j'ai énormément voyagé en Inde depuis trois ans, dans les coins les plus reculés qui soient, et que j'ai fait l'expérience des transports en commun, bus d'Etat de longue distance, trains, rickshaws, taxis, cyclo-rickshaws... Que je me confronte à l'Inde bien plus que ceux qui y bossent justement parce qu'à aucun moment, à aucune minute, je ne suis bien tranquillement dans un bureau avec air conditionné et atmosphère un peu plus feutrée que dans la rue. Donc le bruit, je le vis, ne t'inquiète pas.
      En revanche, venir à Bombay de temps en temps n'a rien à voir avec vivre à Bombay. Tout comme vivre à Bhubaneshwar, que je connais et qui en terme de fatigue sonore n'a strictement rien à voir avec Bombay. Quant à Delhi, cela dépend évidemment où tu habites mais je suppose que tu n'habites pas dans Old Delhi même ou sur les rues les plus bruyantes. Si tu as la chance d'habiter une "colony", tu sais que la vie y est plus calme que partout ailleurs et c'est un des grands avantages de Delhi. Tu n'habites peut-être pas au rez-de-chaussée non plus... La grande différence de Bombay avec les autres villes indiennes est l'intrication extrême du réseau routier et des immeubles. Je ne pense pas que tu sois déjà venu chez moi, je t'invite à y venir pour par toi-même prendre conscience du bruit qui y règne et de l'impact qu'il peut avoir à la longue... Parce qu'il s'agit bien de ça, d'une usure à la longue mais il semble que ce détail t'ait aussi échappé.
      Viens rencontrer des expats de Bombay, ceux qui ne vivent pas au 38ème étage d'une tour te diront la même chose (il te suffit de lire les commentaires au-dessus, certaines de ces personnes qui vivent depuis plus longtemps que moi ici ou y ont vécu longtemps ont manqué tuer un simple oiseau à cause du bruit, et une expat' sur un autre blog explique elle aussi comment elle a commencé à bruxer à Bombay)...
      Je te remercie en tout cas pour tes conseils de bon aloi et ta condescendance à nouveau ! Pour information, mon dentiste m'a appris que cela concernait également énormément de Bombayites qui "lâchent leurs nerfs" de cette manière-là, pour se soulager de l'angoisse créée par le bruit ambiant.
      Mais tu as l'air de t'y connaître bien plus en émail de dents, en réactions inconscientes à l'égard du stress urbain, et tu as l'air de tellement bien connaître Bombay et l'Inde que je m'en remets à ton jugement...

      HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)
          • Ouais, elle m'a bien cassée 'lol' !
            GG

            Gizmal 0 - 1 Chouyo.

            Désolé pour mon trop plein de "condescendance", et serre bien les dents alors !

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          • C'est vrai que les séjours à l'étranger ont cela de très fatigant : adaptation, compréhension, nouvelle organisation, acclimatation. Je suis d'accord.

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        • @ Zaneema : nan mais c'est vrai quoi... 😉

          @ Tbs : ben oui mais à un moment donné... 😉

          @ Gizmal : aucun plaisir à te "casser" sois-en certain. Juste clarifier ce qui n'a pas été compris et a entraîné un jugement un peu hâtif. Et, tu l'as bien compris, j'essaie justement de ne plus serrer les dents...

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  8. Ah, ce "putain de balai" à 6 heures du matin sous tes fenêtres.... En temps normal, j'aurais fait l'éloge de ce magnifique balai délicatement composé de fines branches; j'aurais associé ça au charme du pays. Mais en Inde... c'est autre chose. Car le problème n'est pas d'être réveillée à 6 h du mat mais c'est qu'à 6 h du mat, cela fait juste 10 mn que tu viens de te rendormir puisque tu as déjà été réveillée à 5 heures par les gardiens qui discutent devant la porte, à 4 h par les klaxons, etc. Ton sommeil est en dents de scie en permanence. En touriste, ce n'est pas très grave mais quand tu vis là-bas, je comprends tout le stress et la fatigue que le bruit génère ! Et je pense que cela finit par agir sur le moral!

    Le souci, c'est qu'en Inde, tu n'as jamais de répis même quand tu es chez toi. Et oui, je confirme que à 6 heures du mat devient très agaçant, stressant

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    • @ Nane : c'est vrai que ce balais, dans un tout autre contexte, on en aurait fait l'apologie, mais avec le bruit ambiant et à cette heure-là et avec la nuit qui va avec... hihihi...
      Le problème est effectivement exactement là : il n'y a jamais de répit...

      HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)
  9. C'est dingue comme certaine personnes ont un talent pour décrire des sensations que d'autres ont tellement de mal à exprimer!
    C'est beau, c'est complet(ce qui est rare pour décrire des phénomènes aussi complexes), c'est très agréable à lire et c'est soulageant de savoir que d'autre partagent les même "angoisses" quotidiennes que soi.

    Je crois que je vais forwarder ce billet à mes boss en France pour leur donner l'image la plus proche de réalité que j'ai trouvé pour l'instant, sans avoir besoin de leur décrire moi même ^^!

    La plume se bonifie avec le temps(comme un bon old monk), le choix des mots est de plus en plus pertinents, et j'imagine que le travail derrière pour arriver à ce résultat doit être conséquent.
    Merci et félicitations.

    Ça mériterait l'édition d'un petit recueil tout ca... tu y as déjà pensé?

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    • @ Tbs : sincèrement, je suis heureuse et flattée de ce que tu dis. Vraiment. Un commentaire qu'un blogueur, une blogueuse relit cent fois pour se dire que oui, cela valait la peine de mettre ses tripes à nu...
      J'y mets de moi (d'où ma réaction à chaud au commentaire de Gizmal 😉 ), j'y mets des autres aussi, qui comme toi peut-être je pense se battent ici pour comprendre, accepter, mettre des mots sur leurs propres réactions.
      J'ai l'impression que nous sommes quelques-uns dans un entre-deux. A culpabiliser de ne plus avoir un regard innocent sur ce pays qui les broient et les berce à la fois, à jubiler d'avoir la chance d'y vivre tout en sachant qu'y vivre les transforme...
      Oui, j'ai effectivement pensé à regrouper des textes sur l'Inde, le "ressenti" de l'Inde, de l'exaltation à l'exaspération, l'Inde excitante, exubérante, harassante... Tenter de faire comprendre aux familles, aux amis, aux managers ce que "fait" l'Inde à ceux qui y vivent. Il y a déjà des textes, sur mon autre site aussi, mais aucune idée de comment éditer, qui contacter, à qui le proposer. Si tu as une idée, n'hésite surtout pas à m'en faire part (mon mail : dachouyo[at]gmail.com) !
      Merci encore...

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      • De rien, mais je ne fais qu'exprimer ce que je ressens. Il se trouve que tu es très douée pour mettre les mots sur des sensations ou événements de la vie quotidienne par définition très dures à décrire puisqu'ils sont d'inspiration indienne.
        Tout le mérite est pour toi.

        Pour l'édition, ca doit être encore une autre masse de travail. Mettre les textes dans un ordre qui te parais logique pour qu'il y ait une certaine progression ou pour arriver à faire avancer les lecteurs vers la conclusion que tu souhaites à la fin du recueil.

        Peu être re-travailler un peu certains texte aussi. Le style blog, usant le "tu" pour interpeller le lecteur, est super sur un blog, ca implique énormément, pas sur que dans un livre ca fasse autant mouche...quoique..ca peu être aussi un style percutant sur du papier. Ça vaut surement la peine d'y réfléchir.

        En fait en lisant tes billets, je me suis dit qu'un petit receuil du type "premiere gorgée de bière..." de Delerme, avec des petits textes pas forcément reliés entre eux, serait le format idéal pour les tiens.

        Du type : " Première gorgées de Chai et autre étrange sensations"

        Pour ce qui est de la procédure, je n'y connais malheureusement rien en édition, mais je suis sur qu'avec tous tes contacts dans la blogosphère tu dois connaitre des personnes ayant déjà réfléchis au sujet.

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        • @ Tbs : merci beaucoup, vraiment 🙂
          Oui, il y a effectivement un re-travail des textes nécessaire, le style blog rend bien sur un écran d'ordinateur mais beaucoup moins quand on passe au format livre ! Le "tu" et quelques autres éléments aussi... Oui, c'est une excellent idée, de travailler avec le recueil de Delerme en tête, "Premières sensations de l'Inde" ou quelque chose comme ça... Je vais essayer de rassembler les textes qui me paraissent les plus adéquats pour une publication que je cherche à faire par ailleurs concernant Bombay, et j'en parlerai sur le blog !
          Oui, il y a pas mal de blogueurs qui ont un pied dans l'édition, professionnellement ou parce qu'eux-mêmes ont publié, je lancerai une perche et on verra 🙂
          Merci encore pour tes idées et tes conseils ! 🙂

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  10. Suis assez d accord avec la deniere remarque de T bs.
    De plus, etre original , c est nommer quelque chose qui n avait pas encore de nom.....merci Chouyo
    Une question : tu bruxes quand tu parles?

    HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)
    • @ BBdoc : merci beaucoup !
      Je me suis aperçue qu'au moment de commencer à parler ici, au moment où je rumine pour redemander, exiger parfois..., je bruxe 😉 La brusquerie de la confrontation induirait-il le bruxisme... ? Hihihi... 😉

      HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)
  11. J'ai vu qu'il y avait déjà une Patricia (et en plus, une que tu connais personnellement !) alors, il faudrait peut-être que je m'identifie comme Patricia2 😉
    Je ne suis allée que 2 fois en Inde et en touriste en plus, mais j'avoue que le bruit m'a toujours un peu oppressée. L'impression que ça arrive de tous les côtés et que ça ne s'arrête jamais. Surtout quand il s'agissait de traverser une rue. Mais moi, j'avais en effet l'échéance du retour en France et même Paris m'a paru presque calme 😉
    Chez moi, ce n'est pas le bruit mais la préoccupation et l'angoisse qui font souffrir mes pauvres dents (et mon pauvre mari... quand il m'entend grincer des dents la nuit !! ;-)). Mais cela n'a pas l'air d'inquiéter mon dentiste. A moins qu'il ne connaisse pas le super appareil de torture qui coûte plein de zéros...
    En tout cas, je compatis !

    HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)
    • @ Patricia : bonjour Patricia et bienvenue ici !
      Il n'y aura pas de confusion avec l'autre Patricia (elle a un blog en lien sur son pseudo, ce qui permet de vous distinguer 🙂 ) !
      C'est exactement ça, tu as tout à fait raison : l'oppression est créée par le fait que cela arrive de tous côté et que ça ne s'arrête jamais, c'est exactement ça !
      Oui, le bruxisme je crois que c'est vraiment une question de stress et d'angoisse...ce qui m'a agacée ici, c'est que la solution était immédiatement un appareil, dans un sens ton dentiste en ne te donnant pas de solution d'appareillage t'a indiqué que... il y a un truc dont toi comme moi devons "déconnecter" la nuit, préoccupation, angoisse, bruit pour moi, un peu de tout, et la clef de notre bruxisme est là 🙂
      Pour l'instant, rien la nuit et pas de "bruit" de grincement... Si tu trouves une solution qui fonctionne bien, je suis preneuse 😉

      HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)
  12. Génial cet article ! Avec le premier film, j'ai cru que tu allais parler de la perte de temps liée aux incontournables U-turn et en particulier celui d'haji ali qui n'en finit pas d'être en travaux !
    As-tu remarqué les derniers panneaux qui viennent de pousser de l'autre côté de Peddar road : "quiet, birds singing" ??? La première fois que je les ai vus, j'ai failli éclater de rire. Maybe we live in a bird sanctuary, qui sait... De là à écouter le bruit des corbeaux, non merci !!!
    Et sinon, je trouve que le comble du comble, ce sont quand même ces chaussures pour enfants rois qui émettent un "couinc" à chaque fois que leurs chères têtes brunes mettent un pied devant l'autre. Quel est le génie qui a eu cette idée astucieuse ? Tout cela est effrayant, effarant, épatant !

    HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)
  13. Tu me donnes envie de te prendre dans des très grands bras pour te boucher les oreilles avec un énoooorme paquet de coton tout doux. Il est fort, ton récit (et c'est pas juste parce qu'il fait mal aux dents), on te sent comme un pixel rendu sourd perdu dans un écran de 80 pouces. Du coup je m'inquiète un peu pour toi...

    HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)
  14. Bonjour,
    je suis en train de découvrir votre site, que pour l'instant j'adore, merci beaucoup !
    Ce post m'a interpellée parce qu'il décrit exactement ce qui s'est passé pour moi en vivant en Asie : petit à petit j'ai serré les mâchoires, sans m'en rendre compte, et j'ai perdu deux dents (les nerfs ont sauté.) Maintenant, j'ai un abcès dentaire qui revient régulièrement à la place des dents manquantes, et que je dois faire opérer à chaque fois.
    Et pourtant, ces accidents ont eu lieu longtemps après la partie la plus stressante de mon séjour !
    Donc bref, merci d'avoir si bien décrit le processus par lequel on en arrive là, tous les petits efforts d'adaptation qu'on doit faire, qui semblent bénins, mais qui bout à bout nous rappellent sans cesse que nous ne sommes pas dans notre milieu naturel, alors qu'on voudrait justement arriver à se créer un nouveau chez-soi. Je comprends mieux la souffrance de tous les immigrés de 1ère génération vivant en France, qui m'apparaît effrayante, et dont je ne m'étais jamais rendu compte.
    Merci aussi pour tous vos autres textes, et pour cette chouette découverte de l'Inde.
    Bon courage, et surveillez bien vos dents !
    (^__^)

    HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)

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