A bord du train indien

Une des expériences inoubliables de l’Inde, c’est le train. Toute l’Inde y est résumée…

Ses écueils au fil des arrêts au milieu de nulle part, les regards vides, intenses, avides, tout à la fois, de ceux dont la vie est abrutie de misère. Tu comprends le pourquoi des barreaux aux fenêtres, et tu vérifies leur solidité… Ses joies, quand ces militaires kéralais partagent avec toi le repas concocté par leurs femmes pour les 3 jours de train vers leur poste à la frontière nord-est. Ses splendeurs, vues par des portes constamment ouvertes sur les voies, où l’on vient prendre l’air et s’entendre vanter la beauté de Guwahati (oui) ou se pencher pour voir les vendeurs chargés de victuailles courir le long du train qui redémarre. Ses incongruités fantastiques, comme l’assurance du jeune homme intimant à des amies de payer l’amende de 200 roupies pour avoir fumé dans le train. Un jeune gars qui n’est, bien sûr, pas du tout employé par les chemins de fer… qui tente simplement sa chance…

Le train indien, c’est le mantra bourdonnant des roues qui imprime un balancement au train, à ton corps, à ton esprit. C’est le chant du chaiwalla, « tchaé, tchaé, tchaééééé », qui laisse un parfum de girofle sur tes lèvres quand tu l’entonnes à ton tour. C’est l’effluve pimenté des samosa dans les gares et celui, sirupeux, des bananes sur les quais. Le parfum d’urine et de merde qui monte des rails, avec l’odeur de moisi et de plastique brûlé, qui collent à l’Inde, qui sont l’Inde. Le train indien, c’est grimper comme on peut, déhanchements et étirements, sur une couchette inaccessible et ne plus jamais vouloir en bouger, ce sont des conversations enthousiastes et sympathiques, avec force rires tonitruants à 4h30 et des montagnes de valises et de sacs de jute et, surtout, de paniers-repas bien empaquetés. C’est l’intervention musclée au milieu de la nuit dans le Bihar pour une urgence médicale, c’est la morgue du contrôleur qui ne daigne pas te regarder, c’est le gamin qui rampe à tes pieds pour racler l’indifférence des voyageurs.

Le train indien roule. Tu ne sais pas comment, tu ne sais pas pourquoi, tu n’es pas certain qu’il arrivera à destination et tu sais que tout ce à quoi tu t’attends n’arrivera pas. Alors que l’incertain y arrivera certainement. Mais tu montes dedans. Comme pour l’Inde.

Je ne comprendrai jamais comment on peut vivre en Inde sans y avoir pris le train. Un énième évitement de la réalité.

Pour toi, cette petite vidéo prise de manière impromptue dans un train descendant les Ghats occidentaux vers la région de Goa. On est à quelques heures des plages, la végétation de la région a ce vert dense et profond que lui donne la mousson. Les paysages de la campagne indienne sont parmi les plus beaux que j’ai vus, et ils le sont encore plus quand on les admire par la porte ouverte d’un train, dans le vent claquant et frais du petit matin…


Un train indien au petit matin par Chouyo

HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)

12 commentaires

  1. ma nuit la plus longue de ma vie a été dans un train en Inde, j'ai crû que le jour ne se léverait plus jamais 🙂

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    • @ Nardeau : hahahaha, j'aime beaucoup l'image et l'angoisse qu'elle révèle ! C'est vrai qu'en ne dormant pas, les nuits dans les trains indiens paraissent interminables avec un rien d'angoissant, parce que les gares traversées semblent réellement peuplées de zombies...

      HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)
  2. J'ai voyagé de jour par le train mais ai plus de souvenirs des voyages par le car ,les films qui passent en boucle toute la nuit,installer soi même ses bagages sur le toit en priant que rien ne tombe ,les arrêts inopinés...

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    • @ Quenotte : ohla oui, les voyages en bus c'est encore une autre histoire. Beaucoup plus agressif aux oreilles... et aux yeux aussi 😉 Ou alors tu passesle voyage à regarder la soute en espérant que personne ne prenne tes bagages à un arrêt 😉

      HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)
  3. Ouiiiiiiiiiiiiii les trains en Inde!!!!!Ces changements de quaiS intempestifs ,avec tout le troupeau de voyageurs nous compris,qui se déplace ,paniqué.Ah lala les trains en Inde,à huit sur la couchette du haut.Le petit monsieur qui vient avec son petit carnet et son petit crayon,pour noter ta petite commande ....ce vendeur de chai à Trois heures du mat'.Ces deux jours de promiscuité,ces hijre qui viennent nous souhaiter une belle nouvelle vie de mariés avec regards entendus...
    L'inde en migniature dans des boites à roulettes!

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      • @ Zaneema : mouahahah ! On n'a rien vu, on est trop occupés à essayer de ne pas manquer la bonne gare 😉
        Ces changements de quais, c'est hallucinant quand même et ça arrive tellement souvent, c'est incompréhensible (à chaque fois j'ai peur qu'il y ait des morts, piétinés par les autres voyageurs) ! Oui, tu as absolument, c'est la promiscuité mais volontaire finalement et avec des gens que l'on n'aurait sans doute jamais côtoyé d'aussi près (genre je n'ai jamais autant parlé avec des militaires !).

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