Une nullipare à Bombay

Calcutta Chiots

Dans les rues de Calcutta, il n’y a pas QUE des enfants dénutrits et sales à faire peur…

Deux jours après mon arrivée à Bombay, je rencontrais mes premiers expatriés français.

Une soirée bon chic bon genre organisée par Air France dans un hôtel de luxe pour célébrer le Beaujolais nouveau. D’une manière néocoloniale assez puante il faut le dire, les serveurs indiens ayant été entraînés à défiler à vélo avec paniers d’osier sur la tête et bouteilles de vin à la main en entonnant un hymne où l’on distinguait seulement le mot « Beaujolais, Beaujolais ». C’était laid, pitoyable et très crispant… et surtout c’était très clairement inspiré du folklore beaujolais. Oui…

J’étais jeune et naïve, j’aurais du me méfier : il faut avoir de bonnes raisons pour aller aux soirées d’expats. Soit tu cherches à boire le maximum de mauvais alcool gratuit pour être bourré(e) le plus vite possible, soit tu veux frayer avec un maximum de potentiels contacts professionnels. [Non, je n’ai pas dit que la majorité des 1) étaient des femmes, et du 2) des hommes…]

Dès 20h ça picolait sec, ça mangeait peu, ça faisait beaucoup d’entregent (plus facile à faire il est vrai avec un verre à la main qu’avec une tartine de fromage dégoulinant par 38°). Je fus alors abordée par des Françaises. Une phrase lapidaire prononcée d’une traite, et deux questions en quelques millièmes de secondes : « Ah bonjour ! Vouzètenouvo ? Vouzavédézenfants ? ». Au bout de quatre fois en une demi-heure, une chose était sûre : je n’avais aucun problème d’audition, ce qui intéressait avant tout mes futures comparses (qui ne le devinrent donc jamais) était de savoir si j’avais des enfants. Puis, expatriées obligent, de savoir quel palmarès de pays d’expatriation j’avais à mon actif (« vouzétiéoùavant ? », la question suivante étant « vouscherchezunemaid ? », mais on en parlera une prochaine fois…).

La question pourrait être innocente : mon âge, ma corpulence, ma condition de femme-d’expat’-donc-oisive… oui, je pourrais avoir des enfants. Mais êtes-vous souvent abordée dans une soirée amicale ou professionnelle par « vous avez des enfants ? » en tout premier lieu ? Non. Les moites et mornes journées de l’expat’ bombayite ont trouvé leur solution dans les petites bestioles galopantes. J’admets toutefois, l’enfant comme remède à l’ennui n’est pas propre aux seules expats.

La question m’était posée d’une manière si frénétique, si compulsive, que j’étais mal à l’aise de répondre « non ». Je suscitais une réelle déception chez mon interlocutrice, qui s’embarquait alors dans une logorrhée étonnante (j’aurais pu dire « dysenterie » mais vu le contexte indien on m’aurait accusée de faire de l’humour noir…) me décrivant en long et en large le parcours expat’ et le nombre de têtes blondes attendant sagement à la maison avec la nanny. J’ai même cru frôler l’apoplexie deux fois. Quand un expat’ (que je connaissais pas) m’a donné l’adresse du gynéco de sa femme (vrai, je t’assure) et quand deux expats  m’ont assené « oh tu n’as pas d’enfants ? Mais ici tu en auras, tu verras ! … … … Il faut en profiter, les nounous ne sont pas chères… ».

J’aime les enfants (surtout avec du sel et bien cuits), ceux qui me connaissent savent combien je suis maternante et maternelle. Mais je n’ai pas d’enfants et ne pensais pas que cela pouvait conduire à une telle pression de multipares que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam. J’étais donc jeune et naïve, effectivement.

Je suis repartie de la soirée l’utérus tout contracté.

Conclusion : expat’ nullipare 0 – expats multipares 125.

Calcutta Chiots 2

Calcutta Chiots 3

Calcutta Chiots 4

Ben quoi ? Moi aussi je peux mettre des photos cromeugnonnes de tétées !!!

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18 commentaires

  1. Très effrayant et tellement bien écris qu'on arrive à se glisser dans le "personnage" pour vivre la scène ... merci pour ce retour d'expérience intéressant !

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    • @ Florence : j'ai mis presque 4 ans à publier ce billet, écrit dès mon arrivée. C'est dire à quel point cette scène m'a mise mal à l'aise, et marquée aussi... Je ne sais pas si c'est le cas dans toutes les communautés expatriées, mais vu ce que j'entends dire ça a l'air d'être le cas...

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  2. Ahahaha le coup de la dysenterie!!Quelle horreur,ce monde d'expat!!
    Finalement je crois que de faire ma sauvageonne (ce que je suis meme en France) en Inde à la vue et surtout à l'ouie de toute peau blanche et francophone m'a épargné pas mal de contractions utérines, entre autres...Lorsque je suis en Inde,je suis en mode "immersion totale" forcément,du coup je ne cotoie pas ce type de milieu,ouf,je crois que je n'ai rien raté!

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    • @ Zaneema : je n'ai pas pu m'en empêcher, mouahahahah ! La prochaine fois, je placerai nos amies les amibes... 😉
      Je fais de même (tu l'avais compris) mais il y a des retours de bâtons parfois, et c'est toujours assez désagréable. Mais en immersion totale en Inde, j'imagine que tu dois malgré tout avoir des pressions sur ce plan là, non ?

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      • Ben non,pas vraiment.Mes beaux -parents sont plein de défauts indiens,mais de ce coté -là je n'ai jamais eu à me plaindre.Je pense que je suis tombée dans une famille un peu particulière et il faut dire qu'étant l'épouse de ce cher Mister India(l'électron libre du clan depuis toujours),et étant européenne,je bénéficie d'une espèce de statut particulier.
        Ma belle -maman est une leçon de vie,je crois que je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi tolérant.Et comme dit Mister India depuis toujours ,"les autres ,on s'en fout".
        Oh oui ,oh oui parle -nous des amibes!!!

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  3. Ton billet m'a fait hurler de rire, décidément j'aime ta plume et ton humour!
    Si seulement ce n'était l'apanage que des soirées d'expats....
    Je crois qu'à l'étranger cela atteint le sommet du summum (du coup aïe mon utérus!), mais ce type d'interrogatoire est aussi une pratique affreusement courante dans les soirées parisiennes de trentenaires de tous poils. Insupportable ce prosélytisme et cette curiosité. Je fais ce que je veux de mes ovaires, lâche-moi la grappe 😉

    Très très jolies et tendres ces photos, ils sont mignons tous ces chiots!

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    • @ Miss Nahn : hihihi, merci beaucoup !
      Et j'ai écrit un prochain billet sur... "La nullipare à Paris", mouahahahah ! Parce qu'effectivement, la vie de nos utérus a l'air d'intéresser énormément de monde ! 😉

      Oui, je me suis dit que pour illustrer c'était parfait, hihihi ! Comme quoi, même nullipare, je peux faire preuve de tendresse, d'altruisme, de douceur... 😉

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    • @ Shaya : OUIIIIIIIIIIIII !!! D'ailleurs, il paraît que le cerveau féminin ressemble étrangement à un utérus, non ? Hinhinhin... 😉

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  4. Déjà en France, quand tu n'as pas d'enfant, on te regarde bizarrement alors j'imagine très très bien quand tu es expat ET "oisive" !!!

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    • @ Chalipette : effectivement, cela concentre énormément d'attentes et de pressions en un seul groupe ! Ce qui est étrange, c'est que je n'ai pas du tout ressenti cette pression de la part des expats anglo-saxonnes (américaines, australiennes, britanniques, allemandes) que j'ai rencontrées : est-ce typique des Françaises (tout comme leur taux de fécondité) ?

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  5. Et en plus faut en avoir plusieurs
    Une amie à moi est femme de militaire expatriée avec son mari, ils changent de pays tous les 3/4 ans et n'ont qu'un enfant, par choix. Et elle a droit à chaque changement de pays à la remarque "oh tu n'as qu'un enfant, tu vas voir ici tu vas pouvoir en faire d'autre" venant des autres femmes de militaire expat'. Je te dis pas comment ça la crispe 😉

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    • @ MaO : mouahahahah ! Ben voilà, c'est exactement ça (et apparemment cela se confirme dans pas mal de communautés expats françaises, quel que soit le pays) : si tu n'as qu'un enfant, tu t'ennuies (c'est bien connu) encore trop ! Et devoir se justifier de n'avoir pas d'enfant (ou qu'un seul), c'est quand même assez dingue...
      Elle a trouvé une réplique, une parade, ou elle laisse passer ?

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    • @ Refoyl : oui c'est vraaaaai !!! Je suis sûre qu'ils ont été super tristes à notre départ, les maids des locataires suivants ont du les chasser à grands coups de balais (les Indiens détestent les geckos) !

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  6. Je pense que dans tous les pays les expatriés sont a peu près identiques... Pour notre part on nous a bien fait comprendre que nous étions des immigrés et non des expatriés. Nous évitons d'ailleurs d'aller à ce genre de petites fêtes (même si maintenant nous avons 2 enfants. Et ce n'est pas par ennuie !). Nous vivons comme les taiwanais avec les taiwanais et ça nous plait.

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