London rocks

Londres Battersea Power Station

Hiératique. Mythique. Art Déco. Et la légende rock qui est en marche…

Il est rare de venir à bout d’une ville comme Londres.

Même y être allé plusieurs fois, y avoir vécu, y revenir encore pour la parcourir du Nord au Sud, d’Est en Ouest, ne permet pas d’en épuiser les multiples ressources. Question de taille, d’étalement et de hauteur, question aussi d’histoire et de perpétuel renouvellement.

Je gambade presque chaque année dans Londres depuis 15 ans. Comme ailleurs, on peut prétendre dès le deuxième passage avoir acquis des « habitudes » et y avoir ses marques : « son » pub qui fait sa bière pression maison, sortir son OysterCard encore remplie, ne jurer que par telle boutique de pasties et la meringue dégustée dans les salons William Morris du V&A. Mais la seule expérience de Londres qui un ait réel intérêt, c’est de savoir qu’à la fin de la journée on aura perdu huit fois son chemin et ses mollets au passage…

Londres Denmark Street 3

Londres peut être lue à travers le filtre que l’on souhaite.

A ta disposition se trouvent les essentiels, monumentaux et patrimoniaux, Big Ben, Buckingham Palace et les autres. Tu reviendras pour un bain cosmopolite, manger pakistano-bengali avec tes doigts et danser avec tes hanches au carnaval des enfants de Notting Hill. Puis tu viendras admirer la pâle douceur à la Tate Britain et te gorger du choc contemporain à la Modern, les détails des Panathénées ou les coups de pinceaux de Lucian Freud. Tu te glisseras dans les intérieurs britanniques du Geffrye Museum, les oeuvres du futurisme rassemblées dans la Estorick Collection d’Islington, les jouets du Jackson Pollock’s Toy Museum ou le si mignonnet Coffe & Tea Museum…

Je pourrais te proposer les anciens marchés, et ceux rénovés où boire son thé bio bobo comme à Spittalfields, t’emmener dans les Flea Markets en remontant Brick Lane ou en allant au classique Portobello Road, aller fureter dans le sublimissime Londres ecclésial, l’intime et solennelle St. Barts, la fresque de Jean Cocteau à Notre-Dame de France, l’incontournable abbaye de Westminster. Puis nous entrerions dans un théâtre pour une pièce, ou une comédie musicale. Je suis même venue à Londres dans le seul but de bien manger, car l’on y trouve de très loin l’offre la plus diverse et de la meilleure qualité en Europe… voire dans le monde… et dans celui, avoué, de faire les soldes et de rester bouche bée dans St James Street. Et me perdre dans les collines pour visiter les maisons d’architectes et celles de voyageurs…

Oui, j’aime varier les filtres. Et tout est possible à Londres. Voire même de ne rien prévoir et de se laisser griser par une longue promenade au hasard, sans musée, sans adresse, sans impératif.

Et cette fois encore, j’ai redécouvert Londres…

Londres Denmark Street

J’avais décidé de prendre la main de #LuiCEstCuir pour l’emmener dans une de ces villes qui m’a adoptée. Le Londres que nous désirions pouvait être le nôtre : ce fut donc London rocks. Une chanson prend souvent le dessus sur toutes les autres, « London Calling » des Clash, qui donne une idée de la ville et du son londonien, mais ne peut les résumer, loin de là. Car Londres est la ville par excellence du rock, et de presque toutes ses évolutions et avatars : glam rock, progressif, punk, new wave, psychédélique, Britpop…

Alors, en chaussant ses lunettes rock, on découvre… que chaque détour, chaque quartier, et presque chaque rue, bâtiment, parc ou une maison est marqué par la formation d’un groupe légendaire ou par sa séparation, par un concert fameux ou une rencontre pleine d’étincelles, par des projets aboutis ou avortés. Un disquaire ayant réuni deux étudiants devenus mondialement célèbres, un magasin d’amplis, une salle de concert, un studio photo. Et au-delà de la musique, Londres a aussi servi de décor : rues, prises de vue, angles, et soudain surgissent des évidences photogéniques à ceux qui ont scruté les pochettes d’albums en se remplissant les oreilles…

Londres The Clash Londres The Who

Cela ne paye pas de mine, ce n’est pas le Londres pimpant : mais ça, c’est le Londres qui sonne bien…

The Clash et The Who se cachent par là.

Munie donc de #LuiCEstCuir, de mon sens aigu de l’orientation et de l’utilisation d’une carte surtout, nous nous faufilâmes dans les rues de Londres à la recherche des Lieux qui Firent Sons. Notre arme ultime ? Un excellent guide découvert par hasard, Streets of London : L’histoire du rock dans les rues de Londres : un petit bijou, tout comme Londres insolite et secrète, qui explore rue par rue, maison par maison presque, l’histoire de Clapton et de Hendrix, celle de Jagger et de Barrett, celles des plus petits et des plus grands.

Je ne goûte guère habituellement l’anecdotique ou le petit bout de la lorgnette de l’histoire (« c’est ici que Philippe d’Orléans a porté pour la première fois des talons rouges… » ouaaais, super…) et là… je me suis régalée : une plongée bien menée, avec humour (un couplet sur Def Leppard à lire…) sans faire trop djeunz, avec finesse et érudition, qui te permet de comprendre comment une arrière-boutique voit s’élever Vivienne Westwood, Malcolm McLaren et la profonde haine que se vouent les membres des Sex Pistols. Comment encore de cette maison où vit Gerald Scarfe sortiront les animations de The Wall mais aussi l’essence même de l’album. On lit donc, de son fauteuil aux rues de la ville, ce Londres musical où l’on prend plaisir à se perdre et à se retrouver grâce à ce fil d’Ariane sonore… et tu pourras finir par aller frapper de tes ongles vernis les vitres de la cabine téléphonique où est venu, un jour, Ziggy…

Londres Ziggy Londres Ziggy 2

HIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII !!!

Il faut encore et toujours changer de filtre. Pour soudain, dans un petit matin au ciel resplendissant, arriver sur un pont et voir à un tournant de la Tamise surgir la Battersea Power Station, décor mythique de l’album Animals de Pink Floyd qui servira ensuite de décor aux Monty Pythons, The Jam, Tori Amos ou à Bruce Dickinson d’Iron Maiden.

Tu continues de lire le guide, tu ne retiens pas tout et tu en verras encore moins tant la ville regorge de ce rock qu’elle rejette et célèbre tout à la fois. Tu sautes le passage piétons d’Abbey Road mais tu découvres que, face à face, ont été enregistrés Pipers at the Gate of Dawn et Sergent Peppers and the Lonely Hearts Club Band, et tu réécoutes les deux albums pour deviner les influences mutuelles, les discussions, les regards en coin, entre deux géants du rock…

Ton Londres sonnera, résonnera, se peuplera de fantômes et de légende, se gonflera de chansons cultes, d’overdoses, de vomi, de folie, de solitude aussi.

Oui, de solitude.

Surtout quand tu découvres ça…

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Bon, et par ce que j’ai commencé je finis…


Londres Streets of London

Et quelques petites balades rock proposées ici :

Devillard (Arnaud) et Bousquet (Olivier), Streets of London, L’histoire du rock dans les rues de Londres, Le Mot et le Reste, 2012.

http://www.popspotsnyc.com/london/

http://www.5years.com/start.htm

http://now-here-this.timeout.com/2013/08/24/londons-top-ten-iconic-album-covers/

Rock and Roll London Walks

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2 commentaires

  1. Tu as raison, il y aussi White riot, gun of Brixton... 🙂
    J'ai vu récemment un doc sur Pink Floyd du temps du LSD...impressionnant. Mais Londres est surtout devenue un symbole de la gentrification, non ?

    HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)
    • @ Des pas perdus : et tant d'autres ! Oui j'ai vu aussi ce documentaire, mais c'était finalement plus sur Syd Barrett que sur Pink Floyd (les 30 dernières années traitées en 10 minutes..). Londres oui, symbole de gentryfication d'un bout à l'autre, où même la upper middle class n'a plus les moyens de vivre dans le centre : je me demande si on n'avance pas en fait vers une shopping-ization du centre : plus personne n'y habite, bureaux aux étages, commerces (de luxe dans l'hypercentre) au rez-de-chaussée... mais en fait, c'est un mouvement qui date de deux siècles, rien de très étonnant à cela !

      HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)

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