Cachez ce sein, car c’est le reste qui est à voir

Bulgarie Veliko Tarnovo Street Art 2

Sur un mur de Veliko Tarnovo, Bulgarie.

A nouveau, un coup d’oeil impromptu dans une rue bulgare me projette à des milliers de kilomètres de là. Dans l’histoire de France, dans ce qu’elle a de plus sensuel et de plus violent, dans ce qu’elle a de plus conventionnel et de plus gourmand.

Ce tableau, nous l’avons tous ou presque en mémoire. L’original, les réinterprétations, les parodies. Mais toujours, le regard se concentre sur le sein et le téton.

Gabrielle d’Estrée, maîtresse à faire tourner la tête de Henri IV, est en effet pincée par une de ses soeurs. Le geste de celle-ci suggère et désigne tout à la fois, imposant le rythme et la direction au regard du spectateur saisi par la sensualité avide et joueuse du tableau… Hmmm, coquines ! … L’histoire pourtant s’écoule derrière le geste, et nous apprend qu’en réalité, il est bien possible que ce sein soit avant tout celui d’une mère, d’une maternité en devenir, et dont un lait coulera bientôt.

Un autre enfant de sang bleu comme l’encre gâchée qui orne l’épaule de Gabrielle est à naître.

L’oeil s’attarde et s’étonne : ici, le graffeur-artiste bulgare a choisi de vider totalement l’arrière-plan, de noircir et de supprimer ce que l’on croyait indispensable. L’original y dépeint en effet ce qui donne sens à la scène, l’angoisse et la tragédie qui s’immiscent derrière le bain sensuel : au loin, l’étalon royal pose et parade, et une nourrice toute désoeuvrée s’occupe de coudre un linge blanc. Car il y eut deux destins tués dans l’oeuf, et un enfant mort emportant sans doute sa mère avec lui.

Le graffeur impose une nouvelle lecture en basculant tout à l’avant-plan. Nous voici au théâtre, et c’est une balustrade à laquelle s’accoudent les deux femmes pour parader au-dessus de la vie et dont parfois les rideaux rouges du destin se ferment. Tout y est plat, sans profondeur, ce qui exacerbe la rondeur des seins de Gabrielle et la rondeur inattendue du ventre de sa soeur. Autour d’elles s’amoncellent les symboles d’une sensualité alanguie, dans ce théâtre où se joue une ode à la femme à travers un étalage de victuailles gourmandes, dont il faut sucer la chair, boire le suc et dévorer le coeur. La pastèque juteuse, les poissons luisants, la poire arrondie.

Remarquons toutefois que les victuailles sont inégalement réparties sur la scène, en défaveur de Gabrielle, et que les rideaux rouges qui recouvrent d’égale ampleur les deux côtés de la scène sont partout marqués d’un libidineux taureau… Regard renouvelé, pourrait-on lire d’une autre manière l’histoire du Vert-Galant et de Gabrielle d’Estrée ?

Gabrielle a troqué sa perle ronde pour un diamant gigantesque : elle est très ostensiblement la favorite, l’aimée, la maîtresse officielle qui a longtemps tenu tête à son royal amant. En contrepartie de l’anneau de fiançailles originel, ici elle tient bien fermement la clef de son coeur et de son paradis tant désiré… Tandis que face à elle, anguleuse et brune, Joséphine jette un regard calculateur au spectateur. Sentiment nouveau : il n’est pas pris à témoin de cette intimité, il est convié dans un climat de connivence à un jeu de trahisons. Laquelle des deux femmes était dans la couche du Royal Amant la veille… ?

*****

Dans les limbes du décor se dresse la fantasque coiffure de Gabrielle.

Dans ses cheveux blond vénitien est juché un nid. Un oeuf, tombé, se brise et achève sa triste course sur l’épaule de Gabrielle. A plat. A l’encontre de toute la naturelle rondeur qui était espérée.

Quelque soit l’interprétation, l’histoire gagne toujours à la fin.

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Et ce sein et ce téton n’avaient finalement que bien peu d’intérêt…

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Note : le tableau original, Gabrielle d’Estrée  et une de ses soeurs (Ecole de Fontainebleau, vers 1594), est visible au Louvre et ICI.

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2 commentaires

    • @ Nekkonezumi : Ah Madame, si vous continuez, ça va se finir à l'HP d'Aden tout ça ! 😉
      #JeTiensLAnagrammeDuSiècle

      HIIIIIIIIIIIII !!!(0)Boah...(0)

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